Aristide Appert (1834-1899) maire et bienfaiteur de Courtisols

A propos de la nouvelle rue de la Zone Industrielle

4-20-Aristide_AppertAristide Denis Appert, fils de Pierre Augustin Appert-Goujat, cabaretier, et de Joséphine Alexandrine Gobillard, est né à Courtisols le 11 décembre 1834. Le 27 mai 1860, il épousa à Courtisols, Palmyre Suzanne Benoist, fille de Sébastien Gérasime Benoist, géomètre et maire de la commune. Un de ses témoins fut le futur maire de Courtisols, son ami Martin Massez, avec qui il habitait 9 rue Martel à Paris et pour lequel il travaillait, comme commis principal dans sa fabrique de chaussures. Après le décès de son épouse, il se remaria en mars 1873 avec Marie Antoinette Paulejeune, de 14 ans sa cadette.
Martin Massez, par son testament de 1866, fit de lui son légataire universel. Aussi, lui succéda-t-il logiquement, en mars 1875, à la tête de l’entreprise. Dès le 27 juin suivant, conformément à ce legs, il donna à la commune de Courtisols une rente 3 % sur l’Etat Français de mille francs destinés à l’entretien des bâtiments construits ou restaurés par Martin Massez (la mairie et les écoles des trois quartiers de Courtisols) et à l’instruction des jeunes enfants de la Commune.
Elu conseiller municipal en octobre 1876, mais résidant à Paris, il n’assistait pas régulièrement aux séances du conseil, ce qui explique sans doute son absence parmi les conseillers municipaux élus en 1878 et 1881.
Membre de l’Association scientifique créée par Le Verrier, directeur de l’observatoire de Paris, il offrit à Courtisols en 1877 un baromètre anisoïde qui mettait la commune en relation avec le bureau central météorologique et en 1880 trois thermomètres et un pluviomètre. Surtout, le 15 mai 1878, il fut le seul participant à une souscription lancée par le conseil municipal pour remplacer l’ancien presbytère en bois, malsain, par un nouveau bâtiment construit par l’architecte châlonnais Vagny à l’emplacement de l’ancienne maison commune. La réception des travaux, réalisés entièrement à ses frais pour une somme de 28000 francs, eut lieu le 1er juillet 1880. C’est le bâtiment qui accueille aujourd’hui la garderie cantine.
Elu conseiller municipal en mars 1884, il se présenta contre le maire alors en place, Isabel Pannet. Il ne fut élu maire qu’au 3e tour de scrutin par 8 voix contre 7. Les deux hommes, par la suite se sont parfois opposés, comme en témoigne, en février 1885, le refus du conseil d’adresser, à la demande d’Isabel Pannet, un blâme à Aristide Appert. Aristide Appert démissionna de ses fonctions de maire en janvier 1885, mais resta conseiller municipal. Sa désignation par le conseil comme premier délégué aux élections sénatoriales en 1886 et 1887, démontre que sa démission n’était pas due à une mise en minorité, mais on peut supposer que ses affaires parisiennes l’éloignaient trop souvent de Commune. C’est probablement aussi la raison pour laquelle il ne fut plus conseiller municipal après 1888.
Pendant son court mandat de maire, il offrit la maison de ses parents pour la création d’une école maternelle en face de l’église Saint-Memmie et mit à la disposition de l’administration des Postes un local pour l’installation du bureau de poste et le logement de la directrice sans réclamer aucune indemnité (à l’emplacement du bureau de poste actuel).
Aristide Appert mourut en son domicile parisien, situé 58 rue Ampère, le 23 octobre 1899, alors qu’il approchait de son 65e anniversaire. Il avait eu de sa seconde épouse quatre enfants : deux majeurs, Jeanne Félicité, qui avait épousé Pierre Louis Azambre, principal clerc d’avoué, et Marie Claire, sans profession, et deux mineurs, Pierre Gaston Jean et Marie Suzanne. Par son testament, plusieurs fois remanié, il léguait à la commune : la propriété que lui avait léguée Martin Massez pour qu’elle soit affectée à un service public (l’actuel secrétariat de mairie) et une rente de 2000 francs pour l’entretien de ma propriété ; la maison et les dépendances où était installé le bureau de poste ; la maison où est installée l’école enfantine de Saint-Memmie. Le montant de ces legs fut évalué à 81000 francs.
Ce legs était fait à la condition que des inscriptions soient apposées :
– sur sa maison natale : « Aristide Appert, né dans cette maison le 11 décembre 1834, l’a léguée à la commune en mémoire de ses père et mère ».
– sur un pilier de la chapelle Saint-Martin dans l’église Saint-Martin : « Cette chapelle a été restaurée par Aristide Denis Appert en 1875, en souvenir de M. Massez ».
– sur le mur extérieur de la sacristie : la même inscription, les mots « cette sacristie » remplaçant « cette chapelle ».
– sur la maison d’habitation : de façon très apparente « Maison de M. Massez » et en lettres moins grandes « léguée par Aristide Appert ».
Toutes ces inscriptions nous révèlent quelques bienfaits d’Aristide Appert pour la commune de Courtiosols.
Le testament d’Aristide Appert provoqua un long conflit entre sa veuve et le maire Octave Bellois. A la suite d’un premier désaccord, en 1900, Mme Appert et ses enfants renoncèrent à leur droit d’usage et d’habitation de la propriété Massez, mais le conseil municipal fit un emprunt pour payer les droits de mutation afférents au legs de 2000 francs de rente annuelle ; en 1901 Mme Appert protesta parce que le maire voulait louer la maison Massez alors que le testament de son mari prévoyait qu’elle serait affectée à un service public : en réponse le maire lui réclama la remise du titre de 2000 francs et le paiement des arrérages en retard, ce qu’elle fit. En 1905, l’affaire semblait close lorsque le secrétariat de Mairie fut installé dans la propriété, mais elle rebondit en 1929, Octave Bellois voulant y installer le bureau de poste. Mme Appert contesta cette décision parce que la maison Massez avait été léguée pour y installer des services communaux et non un service de l’Etat. Le problème fut réglé par la reconstruction de l’ancien bureau de poste, établi par Aristide Appert en 1885 (Ces conflits ont été relatés en détail dans Courtisols Actualités,  n° 35 (printemps 1999) et 37 (printemps 2000)
Mme Appert mourut le 14 janvier 1934 et le 5 novembre suivant, le conseil municipal, présidé depuis 1932 par Julien Adnet, accepta la proposition de Jean Appert, fils d’Aristide et de Marie Appert, d’offrir à la commune un buste de son père, installé dans l’une des salles de la propriété Massez. La hache de guerre était définitivement enterrée, mais il est probable que c’est en raison du long conflit qui opposa Octave Bellois à Marie Appert, que Aristide Appert, qui fut, selon les propos même d’Octave Bellois en 1900, « le plus généreux bienfaiteur de Courtisols après M. Massez » n’eut pas de rue à son nom à Courtisols. C’est cet oubli que le Conseil municipal vient de réparer en donnant le nom d’Aristide Appert à la nouvelle rue établie dans la Zone industrielle.