Auriez-vous eu le prix de la rosière entre 1914 et 1934 ?

Dans son testament, Cyrille Gallois, ancien maréchal-ferrant, décédé le ter août 1913, institua la commune de Courtisols sa légataire universelle, à charge pour elle d’exécuter certains legs, en particulier une rente de 25 francs destinée à l’attribution d’un prix à l’école laïque de filles de Saint-Martin et une rente de 60 francs pour l’attribution de quatre prix aux écoles laïques de Courtisols, à raison d’un prix par école (école mixte de Saint-Memmie, école de garçons et école de filles de Saint-Martin et école mixte de Saint-Julien). Mais ce legs est surtout connu par le prix de la rosière : « Après la mort de ma sœur, je désire que une somme annuelle de cinq cents, francs soit distribuée à une jeune fille de 18 à 20 ans ; elle sera travailleuse et économe, c’est le maire et le conseil municipal que je charge de la trouver et ils la trouveront certainement. Elle sera couronnée et recevras cette somme de cinq cent francs le jour de la faite national et prendras et prendra le nom de rosière ». C’est l’histoire de ce prix, et notamment des concours organisés de 1914 à 1934, que nous voulons conter ici en insistant sur les épreuves demandées : aujourd’hui, sauriez-vous encore répondre aux questions ?

La première rosière en 1914

Le 28 mai 1914, le maire O. Bellois installa dans ses fonctions la commission, dite de la rosière, élue par le conseil municipal pour l’exécution des dispositions du legs Gallois. Cette commission, chargée « de rechercher parmi les jeunes filles de 18 à 20 ans travailleuses et économes, qui n’ont pas quitté le pays, ni elles ni leur famille, celles qui sembleront le plus dignes de mériter les cinq cent francs provenant du dit legs », décida que toutes les jeunes filles qui auront plus de 20 ans ou moins de 18 ans, au 1er juillet, seront éliminées et estima, qu’à mérite égal, le choix du conseil devait se porter sur la moins fortunée. D’autre part, O. Bellois, qui présidait, exposa que « bien que M. Gallois ait été très laconique dans son testament, il est certain qu’étant donné l’intérêt qu’il portait à nos écoles, son intention a été de récompenser une jeune fille qui, lors de son passage à l’école, s’est. fait remarquer par son travail et son assiduité ». La commission ajouta que dans le cas où une ou plusieurs jeunes filles seraient sorties d’une école ménagère, « on leur en tienne un compte tout particulier ». Six jeunes filles furent alors retenues parmi celles qui remplissaient les conditions. Trois se présentèrent devant la commission, le 28 juin 1914 (le même jour, l’archiduc d’Autriche était assassiné, ce qui allait déclencher la première guerre mondiale) et, en plus d’un exercice de couture (« pièce à un coin »), trois questions écrites leur furent posées :

  • 1. Est-il nécessaire pour une jeune fille de la campagne de posséder une certaine instruction ? Dites pourquoi. Est-il également nécessaire pour elle de posséder des éléments d’enseignement ménager ? Qu’entendez-vous par enseignement ménager ?
  • 2. Que coûterait un repas pour une famille de 6 personnes dont le menu serait le suivant : Potage maigre ; plat de légumes ; rôti de veau ; salade ; fromage ; y ajouter le pain et le vin.
  • 3. Quel doit être le rôle d’une femme dans une maison de culture en ce qui concerne : l’intérieur de la maison, les soins à donner aux volailles et les travaux qu’elle peut faire à l’étable.

Le président exposa ensuite aux candidates « qu’il est indispensable pour une jeune fille de posséder, non seulement des éléments d’instruction primaire, mais qu’il serait très utile que toutes les jeunes filles suivent des cours d’enseignement ménager. Il est un point surtout, ajoute-t-il, sur lequel il demandera à la commission d’être très sévère à l’avenir : c’est la question couture, et en général tenue de linge » (Sur les 6 membres de la commission, trois conseillers municipaux et trois instituteurs, il n’y avait qu’une seule femme, Mlle Beaufort, institutrice).
Les travaux furent notés sur 20. Deux candidates (Lise Montel-Saint-Paul, Solange Simon) obtinrent 16,5 et la troisième (Georgette Hémet) 15,5. Considérant le faible écart qui séparait le total des notes obtenues par les candidates, et tenant compte de ce qu’elles ont été prises au dépourvu relativement aux questions posées, la commission demanda au conseil municipal de ne pas décider du choix par un vote, mais par voie de tirage au sort, ce qui fut accordé. L’aînée des trois jeunes filles, Georgette Hémet, fut invitée à sortir de l’urne le nom de celle qui serait la bénéficiaire du legs Gallois. Le billet choisi portait son nom. C’est ainsi que Georgette Hémet fut en 1914, la première rosière de Courtisols.

Trois rosières en 1917, deux en 1919

Le 22 juillet 1917, la commission spéciale désigna les rosières pour les années 1915, 1916 et 1917, l’attribution du prix ayant été suspendu en raison de la guerre. Signe des temps, Mme Delbecque, institutrice, remplaçait son mari mobilisé. 5 jeunes filles se présentèrent à l’examen, dont les épreuves écrites, en plus de la couture, étaient les suivantes :
Problème. Quel est le prix de revient de la nourriture d’une famille composée de 4 personnes ? Le père, la mère, le fils âgé de 9 ans et un domestique âgé de 40 ans. Le prix de revient sera calculé pour 2 journées, car dans la 2e journée, il est souvent possible d’utiliser des restes.

Donc 1er jour :

  • Repas du matin : soupe maigre ou café au lait, accompagné de pain, de fromage, vin.
  • Repas de midi : soupe au boeuf et au jambon ou au lard maigre avec légumes à discrétion ; les pommes de terre sont comptées 0,30F %s kilo, fromage, cerise, vin.
  • Repas de 4 heures : Pain, fromage, vin.
  • Repas du soir : lapin aux pommes de terre, omelette, salade, vin.

2e jour : composer le menu et indiquer le prix de revient

Questions. Dans quelles proportions l’achat du matériel agricole est-il augmenté depuis la guerre ? Chevaux, vaches, porcs, moutons, machines à faucher, charrues, voitures, .ferrage des chevaux. La vente des produits a-t-elle augmenté dans les mêmes proportions ?
Les heureuses lauréates furent Lise Montel-Saint-Paul et Solange Simon, non récompensées en 1914, et Jeanne Denis.

La commission de la rosière, le 20 février 1919, désigna deux lauréates pour 1918 et 1919, Lucienne Delanaux et Antoinette Cossent. Les épreuves écrites furent alors fortement augmentées :
Problème. Un propriétaire a chaque jour 100 litres de lait à utiliser. A-t-il avantage à vendre son lait ou à en faire du beurre et du fromage. Donner le résultat en chies (dire combien il faut de litres de lait pour obtenir un kilogramme de beurre)
Questions.

  • I. Quelles sont les meilleures races de vaches laitières ? Quelle est la production moyenne de chacune ?
  • II L’élevage du lapin. Les meilleures races pour l’élevage. Comment doivent être disposés les lapins ? L’hygiène, condition indispensable de réussite. La nourriture des lapins ; ce qu’il faut leur donner suivant les âges et les cas.

Economie domestique

  • I. Indiquez les moyens d’enlever les taches sur les vêtements : taches de graisse, taches de peinture, taches de cambouis, taches de sucre, de, fruits.
  • II. Est-il nécessaire d’essanger le linge, c’est-à-dire de le décrasser avant d’en opérer le coulage. Pourquoi ?
  • III Moyen d’ôter le pli au genou à un pantalon.

Hygiène.

  • I. Que peut-on toujours donner à une personne empoisonnée, quel que soit le poison absorbé?
  • II. Quels sont les soins à donner en cas d’asphyxie ?
  • III. Préparation d’un cataplasme sinapisé.

C’est à l’issue de cette réunion, que sur proposition de Mlle Beaufort, il fut décidé que, désormais, les rosières assureraient l’entretien de la tombe de M. Gallois jusqu’à l’examen suivant.

Les autres concours (1920-1934)

Chaque année, quelques jours avant le 14 juillet, la commission se réunit pour désigner la rosière de l’année, couronnée lors de la fête nationale qui suivait. (Il y eut cependant quelques exceptions: le 9 octobre en 1924, le 15 juillet en 1925, le 7 mars 1927 pour l’année 1926, le 3 février 1928 pour l’année 1927; le 13 octobre 1930 en 1930). 11 serait fastidieux d’énumérer toutes les questions écrites posées aux postulantes et auxquelles il faudrait ajouter les épreuves pratiques de couture. Nous en avons cependant retenu certaines qui témoignent de certains centres d’intérêt, entre les deux guerres (économie, vie sociale, vie quotidienne et surtout rôle et condition des femmes à la campagne) :

Calcul

  • Un cultivateur dispose son exploitation pour avoir cette année 40 ha de blé, l’an prochain 40 ha d’orge et l’année suivante 40 ha de seigle. Quel sera son bénéfice au bout de ces trois récoltes, sachant : 1° que la récolte de blé sera vendue 72 F, 2° celle d’orge 60 F 3° celle de seigle 48 F. Pour la 1re récolte en blé, il faudra déduire les frais de fauchage, moissonnage et battage. Pour les 2e et 3e récoltes, il_ faudra déduire les mêmes frais, et en plus les frais de culture et de semence. (1921)
  • Un cultivateur entre en possession d’une, ferme de 20 à 25 ha. Il possède les bâtiments d’exploitation et une batteuse. Son intention est de ne remettre qu’un cheval, car il doit s’entendre avec un voisin pour l’exécution des travaux qui nécessiteraient deux chevaux. Il possède 15000 F, mais il lui. faudra acheter tous les instruments indispensables à l’exploitation d’une ferme (les instruments nécessitant deux chevaux sont achetés en commun). Indiquer par ordre d’urgence les instruments agricoles qu’il doit acheter ainsi que les animaux indispensables à l’exploitation d’une ferme de cette importance. La femme fera beurre et fromage. Le propriétaire possède tout son mobilier de ménage (ne pas s’en intéresser). (1921)
  • Une fermière avait 15 vaches, donnant en moyenne chacune 12 litres de lait par jour. Il fallait 30 litres de ce lait pour faire 1 kg de beurre. Elle a remplacé ces 15 vaches par un nombre égal de meilleures beurrières donnant en moyenne 14 litres de lait par jour et 1 kg de beurre par 21 litres de lait. Quel sera son bénéfice au bout d’un an si elle vend son beurre en moyenne 18 F le Kg ? (1927)

Economie domestique, cuisine

  • Pourquoi emploie-t-on des cendres pour couler le linge ? Quelle est la substance active des cendres ? Par quoi peut-on les remplacer ? (1922)
  • Est-il vrai de dire que la prospérité d’une maison dépend en grande partie de la femme qui la gouverne? Prouvez-le. Enumérez les qualités d’une bonne maîtresse de maison. (1922)
  • Est-il nécessaire pour une maîtresse de maison de faire du raccommodage ? Dites pourquoi. Indiquez les pièces de lingerie ou du vêtement pour lesquelles s’effectuent les différentes opérations du raccommodage : le retournage, les reprises, le rapiéçage, le ravaudage, le remaillage et le ressemelage. (1927)
  • Citez deux sauces et indiquez comment vous les préparez. (1927)
  • Quels sont les avantages de l’électricité dans le ménage ? A quoi pense la ménagère prévoyante relativement à l’éclairage ? (1928)
  • Les confitures. D’après leur mode de préparation, les confitures se divisent en trois catégories. Indiquez ces catégories et dites comment vous les préparez en prenant un. fruit différent pour chacune. (1928)

Agriculture, aviculture, jardinage

  • Chez Vilmorin ou autre marchand de graines, faire une commande de graines (légumes et fleurs) pour un jardin d’une contenance d’environ 5 ares (ne pas mettre de pommes de terre). (1923) Plan d’un jardin. Indiquer sur ce plan tous les légumes nécessaires à un ménage de plusieurs personnes : légumes dans les planches, fleurs dans les plates-bandes, espaliers (ne pas mettre de pommes de terre, on supposera qu’elles sont dans un champ). Le côté Est sera réservé aux légumes dont la consommation est plus importante. (1924)
  • Vous savez ce que c’est que l’assolement ou alternance des récoltes. Ce procédé s’applique également à la culture du jardin potager. Pour un jardin d’une étendue de 300 m², indiquez les légumes cultivés en première et deuxième récoltes pour une même année, ainsi que la surface que vous leur réservez. Remplir un tableau (1928)
  • La vache laitière. a) son alimentation journalière : nature et quantité.
    b) soins journaliers à lui donner. Précautions à prendre en cas d’épidémie et de météorisation. (1928)
  • Les ennemis des jardins. Les énumérer et indiquer les moyens de les détruire. (1929)
  • La basse-cour. Parlez de l’hygiène de la basse-cour. Quelles sont les différentes’ races de poules que vous connaissez ? Quels veufs faut-il choisir pour avoir de belles volailles ? Comment conserve-t-on les oeufs ? Parlez de l’élevage et de l’engraissement des oies et des canards. (1928)

Hygiène, puériculture

  • Qu’appelle-t-on antiseptiques ? Quels sont les meilleurs et ceux à utiliser dans le ménage ? (1929)
  • Alimentation des agglomérations en eau potable : a) indiquer les avantages de l’alimentation des communes en eau potable. b) quelle est l’origine des eaux que l’on rencontre dans la nature ? c) comment peut-on classer ces diverses sortes d’eaux ? d) eaux de puits : ses avantages, ses inconvénients. e) quelles sont les principales qualités à réclamer d’une eau potable ? (1931)
  • Comment arrête-t-on une hémorragie causée par une blessure : 1° au corps ; 2° à un membre ? Comment arrête-t-on un saignement de nez ? Comment soigne-t-on une blessure ? (1932)
  • Citez les principales maladies infantiles. Indiquez pour l’une d’elles comment elle se manifeste et quels sont les soins à donner en attendant l’arrivée du docteur. (1930)

Les révisions du mode d’attribution
Lors de la réunion de la commission du 28 juin 1935, le maire, Julien Adnet, fit remarquer que le mode d’attribution du legs Gallois ne correspondait plus aux décisions prises antérieurement et qu’il y avait nécessité d’étudier et de fixer un autre mode d’attribution de ce prix de la rosière. Tout en gardant les conditions d’âge et de résidence, il fut décidé que désormais aucun concours ne serait organisé et que le prix de la rosière serait attribué par tirage au sort. La seule condition exigée était la présence obligatoire au tirage de toutes les postulantes, sauf pour celles qui se trouveraient dans un cas d’extrême impossibilité, lesquelles devraient se faire représenter par un membre de leur famille. La première rosière ainsi désignée fut Madeleine Gobillard, le 14 juillet 1935.
Les archives de la Commune conservent toutes les copies corrigées et les ouvrages réalisés lors des épreuves de couture des candidates des concours de 1914 à 1934, ainsi que le registre des délibérations de la commission, tenu régulièrement à jour jusqu’au 14 juillet 1938. A partir de cette date, il est nécessaire de se reporter au registre des délibérations du conseil municipal pour suivre l’histoire du prix de la rosière. Le 9 août 1942, il fut décidé que pour être admise à participer au tirage au sort, il fallait avoir habité dans la commune pendant au moins 3 années au 1er juillet. La Commune ne désigne plus de rosière depuis une vingtaine d’années.