Bicentenaire de la naissance de Martin Massez

Il y a 200 ans, le jeudi 12 novembre 1812 à quatre heures de l’après-midi, naissait Martin Docité Massez, fils de Joseph Massez, tailleur, et de Reine Collard, sans profession. A l’occasion de la célébration de cet anniversaire, la commune a souhaité rendre un hommage particulier à son principal bienfaiteur. Jackie Lusse a à cette occasion organisé une exposition à la mairie du 10 au 12 novembre, prononcé une conférence le 11 novembre et publié un ouvrage relatant la vie de Massez.
Courtisols a déjà publié quelques articles sur ce sujet (n°33 du printemps 1998, 35 du printemps 1999, 37 du printemps 2000 et 39 du printemps 2001), mais il a paru utile, en cette année 2012, de résumer brièvement la vie et l’œuvre de cet illustre courtisien.

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Le jeune Massez se lance dans le commerce des laines à Châlons mais sans grand succès. En 1844, âgé de 32 ans, il se rend à Paris pour y faire carrière. Il entre dans la maison de chaussures pour femmes et enfants « Jolly et sœur », fondée une dizaine d’années auparavant. Rapidement il s’associe au propriétaire et en 1849, Massez devient le seul responsable de l’entreprise qui garde le nom de Jolly, cette marque de chaussures étant renommée notamment à l’étranger. Bientôt, il fit construire, au 9 de la rue Martel, dans le 10e arrondissement, une nouvelle fabrique qui fit l’objet d’un article élogieux illustré dans le numéro 597 de l’Illustration du 5 août 1854.

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Grâce à cet atelier qui se fait remarquer tant par son importance que par son heureuse distribution, la production de l’entreprise de Martin Massez se développe rapidement (production en 1853 de 462 000 chaussures par 300 ouvriers). Il travaille essentiellement pour l’exportation, surtout en direction de l’Amérique et plus particulièrement de l’Amérique du Sud.
En 1854, Martin Massez décida d’implanter à Châlons [-sur-Marne], 125 rue de la Marne, une succursale de sa maison.

4-20-usinechalonsIl devient rapidement le premier employeur de la ville : au 3e trimestre 1871, deux entreprises de chaussures occupaient 573 ouvriers dont 560 chez Massez.
Sa production, de qualité, fut récompensée par plusieurs médailles, notamment lors des Expositions universelles de Londres (1851 et 1862) et de Paris (1855 et 1867). Mais la productivité ne fut pas la seule caractéristique de cette entreprise. Très tôt, Martin Massez apparaît comme un patron social, soucieux du bien-être de ses employés, qui lui en étaient reconnaissants. Ses ouvriers étaient parmi les mieux payés de Châlons. A la fin de 1868, lorsque les exportations sont ralenties par des conflits à Cuba, il réduisit la durée de travail de ses ouvriers mais maintint leurs salaires. Pour eux, il a mis en place une caisse de prévoyance à laquelle il participait généreusement, il rétribuait un médecin pour ses ouvriers et en 1872, au moment de la remise de sa maison à son successeur, il versait 100 000 francs pour assurer des retraites à ses ouvriers meilleurs.
En 1862, une société fut établie entre Martin Massez et un autre courtisien qu’il avait fait venir à Paris pour travailler dans son entreprise et en 1867 la société « Massez et Cie » devient la société « Massez et Appert ». Six ans plus tard, le 10 mars 1873, lors du remariage d’Appert, Massez lui céda l’ensemble du fond de commerce.
Résidant à Paris où était le siège social de son entreprise, Massez revenait régulièrement dans sa commune natale et en juillet 1865, il se présenta aux municipales. Quoiqu’élu en dernière position, il est nommé adjoint au maire par le préfet et quelques mois plus tard, en novembre, il est désigné comme maire à la suite de la démission de Sébastien Benoist pour raison de santé. Son mandat sera renouvelé après les élections de 1870, 1871 et 1874. Il fut aussi élu conseiller d’arrondissement en octobre 1871 (il est alors classé comme conservateur de centre droit) et nommé suppléant du juge de paix du canton de Marson en mars 1873.
Maire de Courtisols, il comble de bienfaits la commune : après avoir racheté tous les terrains entre la place Saint-Martin et la place du Marronnier (aujourd’hui place Massez et place du 28 août 1944) il fit construire et offrit à sa ville natale, en 1868, la mairie-école pour les garçons), une école de filles (aujourd’hui club du 3e âge) et une maison avec jardin à pour l’agrandissement de l’école de Saint-Julien. Le développement de l’instruction était en effet une priorité pour Massez : dès 1866, il avait entrepris la construction d’une nouvelle école à Saint-Memmie et la reconstruction de celle de Saint-Julien. Il tint aussi à récompenser les instituteurs de la commune pour leur action, notamment en faveur des adultes. Dans son testament il n’oublia pas les écoles car il prévoyait l’affectation d’une rente  à l’entretien des bâtiments qu’il avait construits et à l’éducation des jeunes enfants de la commune.  Toutes ces actions en faveur de l’éducation lui valurent de recevoir les Palmes académiques. On peut ajouter à ces bienfaits, la réorganisation à ses frais du corps des sapeurs-pompiers en 1886 ; l’installation en 1870, d’une succursale de la caisse d’épargne de Châlons, en payant les frais d’installation, ; l’élargissement de la grande rue au nord de la Vesle en 1872 ; et la même année le financement de l’installation du télégraphe électrique.

Malade depuis quelques mois, Massez assez mourut à son domicile le 8 mars 1875. Ses obsèques solennelles furent suivies par 2000 personnes. Il fut inhumé au centre de la partie septentrionale du cimetière Saint-Martin où sa tombe, surmontée d’un obélisque se voyant de loin. Dès le 25 avril 1875, le conseil lui rendit hommage en décidant l’érection d’un buste en bronze avec l’inscription : « A M. MASSEZ bienfaiteur de la commune les habitants de Courtisols reconnaissants ». Le 13 décembre 1891, le nom de Massez fut donné à une partie de la rue Saint Martin et au groupe scolaire qu’il avait fait construire à ses frais et donné à la commune.

4-20-plaquemairiePar son testament, Massez désigna Aristide Appert comme son légataire universel et légua une somme totale, considérable, de 275 000 francs répartie entre ses 39 cousins au 5e et 7e degré. Il demanda à Appert que sa propriété ne fût pas démembrée et restât intacte ; les visiteurs devaient continuent à y entrer, et elle devait revenir à la commune avec la rente nécessaire pour l’entretenir. La mise en œuvre de cette disposition du testament n’alla pas sans difficulté à la mort d’Aristide Appert en 1899 car la veuve de celui-ci s’opposa au maire quant à l’usufruit de la propriété, que finalement elle abandonna en 1900. La maison Massez, qui abrita le secrétariat de mairie en 1905, et le parc appartenaient désormais à la commune.
Aristide Appert réalisa certains projets que Massez n’avait pas eu le temps de réaliser : il restaura en 1875, la chapelle saint Martin dans l’église du même nom ; en 1876, il construisit la sacristie ; en 1878, il finança seul la construction d’un nouveau presbytère ; en 1884 il installa un bureau de poste dans une maison léguée par Massez. Pour être complet sur les bienfaits d’Aristide Appert, rappelons que, maire de Courtisols en 1884-1885, il établit une école enfantine dans sa maison natale qu’il légua à la commune.
 En conclusion, laissons la parole à Ponsard, conseiller général du canton de Marson, qui prononça ces mots lors des obsèques de Massez: « Je ne veux pas vous parler de la haute position financière qu’il s’est faite ; ce n’est pas chose rare en notre France, où toutes les positions sont accessibles à tous, que de parvenir à la fortune et aux honneurs ; mais arrivés à ce but, combien savent rester bons, simples et dignes de leur situation ? M. Massez sut éviter les écueils et les enivrements de la fortuneOui, il a été le bienfaiteur de cette commune ; oui il a été le père de ces ouvriers ; oui il a été l’ami de tous ceux qui l’ont connu. Aimer fut toujours son suprême bonheur. Donner fut sa plus exquise jouissance ».
Si vous souhaitez en savoir plus sur la vie et l’œuvre de Martin Massez, vous pouvez vous procurer au secrétariat de mairie l’ouvrage intitulé : « A Martin Massez (1812-1875), la commune de Courtisols reconnaissante » (5 euros, 60 pages, 58 illustrations).