Courtisols de la fin de 1914 à 1918

A partir d’octobre 1914, le contenu du Bulletin paroissial de Courtisols, rédigé par l’abbé Arnould, change. La rubrique « Vieux papiers » (histoire de Courtisols) disparaît et les articles dénonçant l’anticléricalisme sont abandonnés (l’unité nationale face à la guerre). La moitié du bulletin, en moyenne, est désormais consacrée à la guerre. On y trouve la liste des soldats courtisiens décorés ou ayant fait l’objet d’une citation, des prisonniers, des blessés ou des tués, mais aussi les événements, surtout à caractère religieux, qui se sont déroulés dans la commune.
Dans le numéro 30 de l’automne 1996, nous avions évoqué l’occupation allemande à Courtisols du 4 au 12 septembre 1914. Voici la suite des événements tels qu’ils ont été rapportés dans le Bulletin paroissial de Courtisols (entre guillemets, des phrases exactes du bulletin).

La retraite allemande après la bataille de la Marne

Les Allemands, lors de la retraite qui suivit la bataille de la Marne, quittèrent Courtisols le 12 septembre 1914 pour s’établir, dans des tranchées, au nord du département. Une centaine d’entre eux, « traînards ou pillards », sans compter les blessés, furent pris par les Français et gardés une journée dans l’église Saint-Julien, Ce jour là, l’artillerie française a tiré de nombreux coups de canon de 75 sur les fuyards, mais ils n’ont laissé aucune trace, contrairement aux obus de 150 tirés par les Allemands pour couvrir leur retraite.
Les soldats français qui les poursuivaient ont dépassé rapidement Courtisols et le 14 septembre, il ne restait dans le village que l’Intendance, le ravitaillement (ou plutôt la boucherie militaire), qui y séjourna pendant un mois environ.

L’afflux des réfugiés belges et Ardennais

Au moment de l’offensive allemande, les belges et les ardennais s’enfuirent et passèrent, par milliers, à Courtisols, la plupart en voiture et quelques-uns à pied, pour se rendre dans l’Aube et la Haute-Marne. « C’était un spectacle étrange à tous points de vue que cette longue théorie d’émigrants, empêtrés dans les troupes ou les convois militaires, avec campements à la belle étoile autour des habitations ou en plein champ, avec arrêts forcés et prolongés au croisement des routes ». Les caravanes comprenaient surtout des enfants, des femmes et des vieillards. Dans ces conditions-là, les accidents étaient inévitables. Les victimes de ces accidents, comme les malades du reste, étaient privés de médecins : les décès furent nombreux. Les émigrés ardennais étaient arrivés à Courtisols dès le 15 ou le 16 septembre alors que les habitants du village ont été arrêtés au-delà de la Marne 8 jours, 15 jours, voire même davantage. Les émigrés se sont donc installés dans les maisons abandonnées. Mais, comme le précise le bulletin paroissial d’avril 1915, « la plupart y ont mis une certaine délicatesse ».
Le dimanche 20 septembre 1914, environ 300 soldats, beaucoup d’émigrés, mais peu de paroissiens assistèrent à la grand’messe et aux vêpres. Les soldats demandèrent à chanter le cantique « Nous voulons Dieu« . La texte fut retrouvé dans la sacristie où les Allemands n’avaient pas pénétré et les militaires chantèrent deux fois le couplet « Nous voulons Dieu pour notre armée« .
Du 15 au 30 novembre 1914, Courtisols était pour ainsi dire le point terminus des émigrés pour le retour et depuis « c’est à peine si les habitants de Suippes et de Somme-Suippes ont pu sans trop s’aventurer, rentrer chez eux « . Plus de 60 émigrés ont reçu l’hospitalité au prieuré.
Beaucoup d’émigrés n’ont pas fait un long séjour à Courtisols : au commencement surtout, il y eut un va et vient considérable, mais ils étaient encore 1100 vers le premier novembre (1025 s’étant fait inscrire). Depuis, plusieurs centaines d’entre eux ont été évacués dans le Loiret.
Beaucoup étaient partis précipitamment, n’emportant que les vêtements qu’ils avaient sur le dos. « Nombre de dames et de jeunes filles – c’était la belle saison du reste – ne portaient rien sur leur tête. Il est vrai que la plupart des autres furent bientôt logées à la même enseigne car ni le petit chapeau de paille à jour, garni d’un léger ruban de mousseline, ni le petit bonnet à fine dentelle de Sainte Catherine (pour quelques unes) n’ont pu survivre à la première ondée. De ce fait, ces dames et jeunes filles – tout est permis à la guerre – peuvent recevoir les sacrements en cheveux. Nous laissons volontiers ce petit privilège aux émigrées. Nous ne dirons rien de celles qui partaient dans un costume trop incomplet, pour la circonstance surtout, et qui avaient l’air d’émigrer vers les pays chauds ».
A Courtisols, ils ont aidé à terminer la moisson de l’avoine et à ensemencer les terres Leurs chevaux ont remplacé ceux qui avaient été réquisitionnés. De ce fait, si l’on excepte plusieurs champs de seigle qui n’ont pas été ensemencés et quelques autres qui l’ont été un peu tardivement, le travail agricole s’est fait de façon à peu près normale.

Les militaires français à Courtisols

En octobre et novembre 1914, le quartier Saint-Julien est devenu un dépôt de chevaux malades, éclopés et fourbus qu’il fallait soigner. Les abattages furent nombreux et fréquents. L’enfouissement de ces bêtes, mais aussi de celles qui avaient péri pendant l’occupation allemande et qui étaient restées plusieurs jours sur place, fut insuffisant et la fièvre typhoïde se déclara. Dix maisons, la plupart à Saint-Julien, furent contaminées. L’eau étant supposée être le véhicule de la contagion, les majors conseillèrent de la faire bouillir avant de s’en servir comme boisson. L’un deux fit même remarquer « qu’il serait bon de prendre cette précaution pendant une dizaine d’années ».
Du 17 au 22 décembre 1914, 8000 hommes du 1er corps d’armée séjournèrent à Courtisols.
Plusieurs ambulances furent installées dans le village, en particulier à deux reprises dans la maison n°3 de la place Massez. L’une d’elles y fonctionna à partir  du 1er janvier dans la vaste salle du rez-de-chaussée (12 lits, dont 4 de l’école libre) mais aussi dans les chambres du 1er étage. 20 malades y étaient hospitalisés en février 1915.
Le jour de Pâques 1915, pour la deuxième fois, des tirailleurs algériens et marocains arrivèrent à Courtisols. Un des officiers, qui avait connu le général d’Eu, natif de Courtisols, fut logé au prieuré. Il fut heureux d’apprendre que le général avait fait une partie de ses études dans cette maison. Le passage de ces tirailleurs nord-africains a permis aux habitants d’entendre la musique marocaine.
Un capitaine, logé au prieuré, signala, le 11 juin qu’un canonnier, logeant chez Mme X… s’était approprié une pièce de harnachement appartenant à cette dame. Le soldat a été puni et le capitaine a donné 20 francs à Mme X…, alors que l’objet volé était estimé à 15 francs.
Bien que le curé ne le signale pas dans le bulletin paroissial, Courtisols, à quelques kilomètres du front, accueillait régulièrement des soldats au repos ou en réserve. Ceux-ci envoyaient des cartes postales de Courtisols à leur famille, mais – censure oblige – les détails sont rares.

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Les courtisiennes travaillent pour les soldats

Le 29 novembre 1914, un appel avait été lancé aux dames et aux jeunes filles qui savaient manier les aiguilles ou le crochet et, quelques jours après, 18 chandails étaient en même temps sur le métier. En mars 1915, le bulletin paroissial note que depuis le début de la guerre, le Patronage de Jeunes filles de Courtisols a fourni 22 chandails, 28 passe-montagnes, 8 cache-nez et 10 paires de chaussettes.
Le 22 novembre 1915, l’Intendance militaire de Châlons demanda au curé des sous-vêtements chauds et surtout des chaussettes, en précisant la quantité de laine nécessaire. Le curé fit part de cette requête lors de la messe du 28 novembre, et immédiatement après il demanda de la laine pour fabriquer 40 paires de chaussettes. Mais, en livrant la laine, le 29 novembre, l’autorité militaire précisa que les magasins étaient approvisionnés en chaussettes et qu’il fallait de préférence faire des chandails.

Les ballons et des avions à Courtisols

Au début de 1916, la ville de Châlons était presque quotidiennement survolée par des avions allemands, les « Taubes ». Le 1er mars 1916, l’un d’eux, de retour de Châlons, jeta sur Courtisols « quelques fléchettes qui ne firent aucun mal ». L’un de ces fléchettes fut déposée à l’école Sainte-Marie en septembre.
Des ballons allemands atterrirent à proximité de Courtisols et même presque dans le village : quatre le samedi 5 août 1916 et un le lendemain. Ces ballons, poussés par le vent, étaient partis des lignes allemandes et contenaient de nombreux imprimés, en particulier la Gazette des Ardennes des derniers jours de juillet et des proclamations au peuple français où Poincaré et les Anglais étaient violemment attaqués et rendus responsables de la guerre et de ses méfaits. Avertie du fait, l’autorité militaire, « craignant qu’il ne se produisit quelque impression fâcheuse sur les esprits », fit immédiatement placarder, tant à Vitry qu’à Courtisols, l’ordre de lui remettre tous ces imprimés. Le Bulletin paroissial ajoute ce commentaire : « Mais chez nous, civils et poilus sont trop avertis pour se laisser prendre à de pareilles fantaisies.
Le 1er septembre 1916, un aviateur s’était égaré à Courtisols, où il avait atterri, mais avait repris aussitôt son vol pour sa destination. Le lendemain, samedi 2 septembre, un accident survint à deux aviateurs, Marcel Gobert, de Nice, classe 1911, pilote, et Georges Lavigne, de Paris, classe 1916, mécanicien. Partis du Bourget pour rejoindre leur escadrille en Champagne à B. le C. (le nom est censuré), ils arrivèrent à Courtisols qu’ils survolèrent à une faible hauteur en cherchant à atterrir. Les habitants remarquèrent facilement qu’un des moteurs ne fonctionnait plus, ce qui compliquait l’atterrissage. L’opération se fit dans les champs à 7 ou 800 mètres au sud du village, à quelque distance des trois hangars installés à Courtisols derrière les numéros 35 et 36 de la rue du Gué pour des avions-canons, à ce moment inoccupés. A 12h07, heure attestée par le chronomètre, l’atterrissage ne réussit pas : Marcel Gobert fut tué sur le coup, le crâne fracturé, et enterré au cimetière des aviateurs dans le camp de Châlons, près de la ferme de Cuperly ; Georges Lavigne (fracture du crâne, de l’humérus, des os du nez et perforation du poumon gauche), relevé sans connaissance, fut emmené à l’ambulance de Valmy mais mourut en chemin à Saint-Rémy-sur-Bussy.
Le 11 novembre 1918, l’armistice était signé à Rethondes. Courtisols, comme toutes les communes de France avait payé un lourd tribut : Lors de la commémoration de la fin de la guerre, le 13 novembre 1921, un service fut célébré en l’honneur des 39 Courtisiens tués auxquels s’ajoutèrent Fernand Gobillard et Georges Pierrat, ramenés du front (45 noms sont inscrits sur le Monument aux Morts de Courtisols pour la guerre 1914-1918). Le bulletin de janvier 1917 signalait que 210 ou 215 habitants du village avaient été mobilisés. Aujourd’hui encore, un peu moins de cens ans après les événements, les Courtisiens, comme tous les Français, se souviennent, chaque 11 novembre, de ceux qui ont donné leur vie au cours de cette guerre particulièrement meurtrière.
La collection des bulletins paroissiaux de Courtisols antérieurs à 1940, conservée aux Archives départementales de la Marne, comporte de nombreuses lacunes. Si vous possédez des bulletins pouvez-vous le signaler à la mairie. Merci d’avance