Courtisols en 1812 (…suite et fin)

Nous donnons ici de larges extraits d’un chapitre consacré à Courtisols par le chirurgien Normand dans l’Annuaire de la Marne de 1812 (l’orthographe a été modernisée). Alors que la première partie, publiée dans le Courtisols Actualités de l’automne 2008, décrivait le genre de vie des habitants, la fin du texte, transcrite ci-dessous, concerne surtout l’agriculture en montrant le dynamisme des agriculteurs courtisiens au début du XIXe siècle.

Du bétail

Le commerce que l’on fait de bestiaux dans le village de Courtisols ne permet guère de donner un état appréciatif et déterminé de la quantité de ceux que l’on y nourrit et entretient annuellement. Leur nombre, que d’un instant à l’autre les circonstances commerciales, et les cinq foires qui s’y font chaque année peuvent augmenter ou diminuer, s’élève en ce moment, savoir : celui des cheveux à 286, et celui des bêtes à cornes, tant bœufs que vaches-mères,  à 2800.
On y compte environ 3000 bêtes à laine de race commune, formant onze troupeaux.

4-20-Agriculture
Territoire de Courtisols

Le territoire de Courtisols comprend dans toute son étendue 6554 hectares de terres, qu’en raison de leur nature et de leur qualité plus ou moins productive on divise en quatre classes ou ordres différents.
Il est séparé de tous les territoires voisins par des espèces de terrasses ou finets, qui forment sur tous ses points une ligne de démarcation, pour servir p maintenir le bon ordre dans le parcours.
1er ORDRE de terre. – Les prés, les chènevières, les closeaux, les saussaies et bocages qui avoisinent le village et la rivière, ainsi que les vergers, jardins, dont la quantité se monte à environ 325 hectares, forment la première classe. Chaque hectare est porté à 20 fr. de revenu.
2e ORDRE. – La seconde classe se compose de toutes les terres que l’on appelle ouches : elle comporte 726 hectares 75 ares 69 centiares ; et chaque hectare est évalué à 20 fr. de revenu.
3e ORDRE. – La troisième classe est comprise sous la dénomination de terres moyennes, et donne 1441 hectares 35 ares 10 centiares. Le revenu de chaque hectare de cette classe est fixé à 4 francs 14 centimes.
4e ORDRE. – la quatrième classe, enfin, comprend toutes les hautes et plus mauvaises terres. Elle consiste en 3341 hectares 69 ares 34 centiares. Le revenu de chaque hectare de cette classe est estimé à un franc.
Toutes ces estimations faites en raison du produit des terres qui appartiennent à chacune de ces quatre classes, et ensemble celles du rapport de 456 maisons, de 6 moulins à eau, de 5 à vent, et de 27 huileries en activité, forment, en total général, un revenu de 52455 fr 15 cent., qui élève le montant des contributions à 18577 fr. 39 cent.

4-20-Moutons

De tous les terrains communs ou d’usage qui appartiennent à la commune de Courtisols, et dont la commune de l’Epine n’a que… la jouissance, par indivis, d’un septième, on en compte 410 hectares, tant terres que prés, bois de garennes et saussaies.
Ce territoire, jadis très ingrat et pour ainsi dire abandonné à son infertilité, est aujourd’hui un des plus productifs de ka champagne. Les genres de culture que les laborieux habitants de Courtisols ont adopté depuis 40 à 50 ans, et les différents moyens qu’ils ont employés pour le fertiliser, en ont entièrement renouvelé la face.
Qu’il nous soit permis d’indiquer la marche qu’ils ont suivie pour opérer cet heureux changement. Ils commencèrent par établir des prairies artificielles en sainfoin et en trèfle ; ils en favorisèrent la végétation en les recouvrant de cendres sulfuriques qu’ils allaient chercher dans les montagnes d’Ambonnay et autres lieux voisins. Le produit qu’ils en retirent les engagea à en étendre et à en diriger judicieusement la culture.
Ils en formèrent tous les ans de nouvelles ; et après avoir soutenu la végétation pendant 3 ou 4 ans, ils en faisaient le défrichement pour leur substituer ou du seigle ou de l’avoine, ainsi que du sarrasin et quelquefois même du froment ; de sorte que chaque année ils en défrichaient la même quantité qu’ils en avaient ensemencé. Par ce moyen, leurs terres qui se reposaient, sans cesser d’être en rapport, leur donnèrent des récoltes qui les mirent à même de nourrir un plus grand nombre de bestiaux, et par conséquent d’avoir plus d’engrais.
Outre la quantité de fumier qu’ils retiraient des écuries, continuellement remplies de chevaux, bœufs, vaches, porcs et moutons, ils en enlevaient encore chaque année, comme ils le font encore aujourd’hui, plus de 8000 voitures de diverses écuries de Châlons et d’autres lieux des environs, pour en couvrir leurs terres.
En matière d’engrais, les habitants de Courtisols ne négligent rien ; ils préparent et perfectionnent avec des soins pénibles et multipliés d’abondants et succulents terreaux, en étendant tous les mois environ un pied d’épaisseur de terre dans toute l’étendue en longueur et en largeur de leurs écuries et de leurs bergeries, afin de la faire saturer et charger de sels excrémentiels des animaux, et de la répandre ensuite comme nouvel engrais sur les terres préparées à être ensemencées en chanvre au printemps, et en automne sur celle destinées à recevoir la semence du froment.
L’eau des mares qui touchent à leurs fumiers n’échappe point non plus à leur vigilance. Ils la retiennent exprès pour en arroser ceux-ci pendant les grandes sécheresses, et y reporter les sucs qui pouvaient s’en être échappés par l’abondance des eaux pluviales.
Avant de quitter l’article des engrais que l’on fait à Courtisols, nous observerons que les bœufs et les vaches de ce pays-là étant nourris deux fois par jour d’un mélange de toutes sortes de grains cuits et de pains d’huile bien desséchés et concassés en petits morceaux, leur fumier est chargé d’une succulence grasse et abondante, dont l’effet se fait évidemment remarquer sur la germination et sur l’accroissement des grains et des plantes que l’on sème dans les dans les terres où il a été répandu. Il en excite la fermentation avec d’autant plus d’énergie qu’on l’enferme dans la terre avant que de l’avoir laissé dessécher par l’ardeur du soleil.

Prés et bois

Ce n’est guère qu’aux environs et sur les bords de la rivière, le long du village, que l’on trouve un assez grand nombre de petites potions de prés naturels et de bois dont aucune mesure particulière n’a encore déterminé la quantité. Ces héritages, pour la plupart dépendant des pièces de terres qui y aboutissent, et ne formant qu’un tout avec elles, sont aussi avec elles également compris dans l’énumération que nous avons faite des terres de première classe. On pourrait cependant, par approximation, en porter le total à environ 55 hectares, qu’il faudrait alors retrancher du cadastre des terres dont ces héritages font partie.
L’immense quantité de hauts peupliers, de frênes, d’aunes, de saules et de planes, ainsi que les beaux sapins de la Mothe, avec tous les arbres fruitiers des jardins, forment des massifs de bois qui couvrent le village de Courtisols dans toute son étendue, et lui donnent une variété très agréable. On s’y occupe plus que jamais à faire de nouvelles plantations.
Déjà cinq à six particuliers ont couvert plus de 15 hectares de terre en vordes, en sapins et en peupliers d’Italie, dont la végétation se développe d’une manière à récompenser libéralement un jour leurs utiles travaux, et à encourager leurs concitoyens à les imiter.