Des Anglais et des Canadiens morts pour la liberté dans le ciel de Courtisols

Dans le cimetière du quartier Saint-Memmie, reposent 15 aviateurs – 13 Anglais et 2 Canadiens – tombés au combat pendant la Seconde Guerre Mondiale, un en 1940 et les autres en 1944. Nous voudrions ici en quelques mots rappeler leur sacrifice pour le triomphe de la liberté sur la barbarie nazie.

UN CANADIEN TUE LE 9 JUIN 1940

4-20-macqueen

D.G. MacQueen est au premier rang, à droite

10 mai 1940, les armées d’Hitler attaquent la Belgique et la France. Pendant que les divisions de panzers enfoncent les armées françaises et britanniques, les bombardements allemands détruisent beaucoup d’avions alliés au sol, renforçant ainsi la supériorité aérienne de la Luftwaffe : les stukas s’acharnent en particulier sur les convois routiers, les chemins de fer et même les longs cortèges de réfugiés qui fuient les combats. Mais l’avance allemande est inexorable et, malgré une résistance désespérée, la ville de Paris est menacée. En Champagne, les combats sont acharnés.

C’est au cours de ces combats que le canadien Donald Garfield MACQUEEN trouva la mort à Courtisols. Les habitants ayant, pour la plupart, fui la zone des combats, cet épisode est assez mal connu et, malgré nos recherches, nous n’avons toujours pas retrouvé de témoins. Toutefois, grâce à quelques documents d’archives et surtout à des renseignements qui nous ont été fournis par M. Arnaud Gillet, de Bétheniville, nous pouvons fournir quelques informations. D. G. Macqueen, Pilot Officer matricule 42142, âgé de 20 ans et originaire de Calgary (Canada), pilotait le Hurricane n° P2767. II appartenait au squadron 242 de la Royal Air Force qui, le 9 juin 1940, était en mission au profit des forces françaises autour de Soissons et à l’est. Il fut abattu sur le territoire de Saint Julien vers 16 heures, sans doute par les Messerschmitt 109 de la 4./JG 52 qui revendiquent la destruction de deux Hurricane vers 16h35.

Une feuille volante anonyme et non datée, conservée aux archives de Courtisols, porte les indications suivantes, telles qu’elles se présentent sur le document : « Voici les N°s trouvés sur les débris de l’avion tombé à Courtisols (St julien)

A.C.E.M.V.A.
32383
Type : 683
559 M
670 M
836 M
678
Type 683
DWG 51’H772
SERIAL 32383
Inspection NAP
57
DRG 08103
SERIAL
N°ABO1[.]64
(un chiffre illisible)

Sur des débris d’aile : « Type 683. DWG 161434/11 Série 49652 »

Mais s’agit-il de l’avion de Macqueen ? En effet, selon des témoignages récents, un avion fut abattu sur le territoire de St Memmie le 9 Juin 1940. Est-ce un autre avion, dont l’histoire est inconnue ou y-a-t-il des confusions ? Des recherches sont en cours… nous vous en communiquerons les résultats.

4-20-hurricane

Un Hurricane du 242e Squadron

DEUX LANCASTER S’ECRASENT A SAINT-MEMMIE ET SAINT-JULIEN (3-4 mai 1944)

Avril-Mai 1944, les Allemands se préparant au débarquement allié restructurent leurs régiments de blindés. La Résistance française avertit Londres d’une forte concentration de panzers à Mailly-le-Camp. L’Air Marshall Arthur Harris, décide de bombarder le Camp de Mailly.

Le 3 Mai, 346 bombardiers Lancaster, emportant chacun 5 tonnes de bombes, partis d’Angleterre vers 22 heures, se regroupent, deux heures plus tard près de Châlons-sur-Marne. Les Alliés souhaitant protéger les villages environnants, des fusées éclairantes, lâchées par des Mosquito, balisent la zone de largage. Peu après minuit, l’ordre de bombardement est donné, mais, en raison d’interférences radios, il est inaudible. Las d’attendre, les pilotes décident d’attaquer, malheureusement de manière désordonnée, ce qui va favoriser l’intervention des chasseurs de la Luftwaffe.

Les combats font rage et le bilan de l’opération est lourd. Du côté allemand, on recense 218 tués ou disparus, 156 blessés (sans compter la mort de 41 prisonniers de guerre français d’origine nord-africaine et d’une trentaine de requis du STO), 102 véhicules détruits (dont une quarantaine de chars) et environ 150 bâtiments (dont des dépôts de munitions) anéantis ou inutilisables. Du côté Britannique, on enregistre également des pertes énormes : 44 avions tombés (42 Lancaster, un Mosquito d’interception et un Halifax de contre-mesure radio) et 249 aviateurs tués ; 55 aviateurs abattus ont survécu, fait prisonniers ou secourus par la résistance (parmi eux le sergent Joseph Orbin, membre de l’équipage du Lancaster ND 531 tombé à Châlons, rues Mélinet et Porte-Murée, fut pris en charge par M. et Mme Georges Adnet, de Courtisols. II fut rejoint quelques semaines plus tard par John Couchman abattu au sud-est de Châlons en juillet).

4-20-equipage

L’équipage du Landcaster abattu sur le territoire de St Memmie

Au cours du combat, deux Lancaster, touchés à mort, s’écrasèrent en flamme à Courtisols et les 14 membres d’équipage, 13 Anglais et 1 Canadien furent tués et leurs restes épars jonchèrent le sol (ce qui explique, comme nous le verrons, que tous les corps ne furent pas identifiés immédiatement) :

– A Saint-Memmie, le Lancaster Mark 3, n° JB 748 (lettres de code PH+Z), escadrille 12 basée à Wickenby :

  • Flying Officer (Pilot) James Henry ORMROD, chef de bord, 21 ans
  • Flt. Sgt. Eric Stanley HUTCHINSON (navigateur), 20 ans
  • Sgt. Mark Thomas WHEELER (opérateur radio) Flying Officer Hugh Williams BEARNE (bombardier), 22 ans
  • Sgt. John James READ (mécanicien)
  • Sgt. James Leslie BRADBURN (mitrailleur)
  • Sgt. Leslie JOHNSON (mitrailleur)
4-20-restes

Les restes du Landcaster abattu sur le territoire de Saint-Memmie

– A Saint-Julien, le Lancaster Mark 1 n° ME 643 (lettres de code AS+E), escadrille 166 basée à Kirmington :

  • Pilot Officer (Pilot) Williams Mornington Edmund MYERS
  • Flt. Sgt. Stanley WILSON (navigateur), 20 ans
  • Flt. Sgt. William JONES (opérateur radio), 20 ans
  • Pilot Officer Anthony Peter PAPPAJOHN (bombardier), d’origine canadienne
  • Sgt. Robert Alfred GREEN (mécanicien), 20 ans
  • Sgt. Joseph Patrick KENNY (mitrailleur) 31 ans
  • Sgt. Ronald Frank. ARNOLD (mitrailleur)

Pendant 3 jours, les autorités allemandes interdirent de donner une sépulture décente à ces victimes ; ce n’est que le 7 mai 1944, à 15 heures, que le maire, Julien Adnet, fit procéder à l’inhumation dans le cimetière communal de Saint-Memmie des « corps de soldats aviateurs portant les noms suivants : Johny Johnson n° 508, Bearne, ainsi qu’un cercueil contenant les restes de plusieurs corps non identifiables » (Certificat d’inhumation du 8 mai 1944). Le lendemain, deux officiers allemands souillèrent ces nouvelles tombes.

LE MONUMENT COMMÉMORATIF DU CIMETIÈRE SAINT-MEMMIE

En 1948, les dépouilles de ces aviateurs reposaient dans cinq tombes marquées par des croix provisoires : tombe 1 : inconnu ; tombe 2 : L. Johnson ; tombe 3 : H.M.V Bearne ; tombe 4 : J.L. Bradburn, E. S. Hutchinson, J. H. Ormrod, J. J. Read et M. T. Wheeler ; tombe 5 : D. G. Macqueen.
La commune et les associations d’anciens combattants décidèrent de commémorer leur sacrifice par un monument en pierre d’Euville et les fonds nécessaires (47400 francs) furent fournis par les sociétés patriotiques locales et par la contribution volontaire de nombreux Courtisiens. Le nouveau monument fut inauguré le 13 juin 1948 en présence du général Noël de Peyrat, commandant la place de Châlons, et d’une délégation anglaise dirigée par le Major V. A. Haskett-Smith, chef du 4e secteur de la Commission impériale des sépultures militaires britanniques.

4-20-Anglais_St_Memmie14-20-Anglais_St_Memmie2

Des précisions sur cette nouvelle sépulture sont données par une lettre du maire de Courtisols au Chef de l’Etat-Civil Militaire de la Marne, le 19 avril 1950. Les restes des 16 militaires anglais, répartis en quatre cercueils, reposaient dans une tombe collective sur laquelle cinq croix, portant les identités des défunts, avaient été posées par les autorités anglaises (les identifications, on va le voir, avaient progressé) : croix n° 1 : J. P. Kenny, A. R Papajohn, R. F. Arnold, W. T. Jones, S. Wilson, R. A. Green et W. M. E. Myers (l’équipage du Lancaster Mark 1 ; croix n° 2 : L. Johnson ; croix n° 3 : H. M. V. Bearne ; croix n° 4 : J. H. Ormrod, E. S. Hutchinson, M. T. Wheeler, J. J. Read, J. L. Bradburn (pour ces trois croix, l’équipage du Lancaster Mark 3) ; croix n° 5 : D.G. Macqueen (l’aviateur canadien tué en 1940). Le maire ajoutait que l’identité du seizième militaire (qualifié d’inconnu) n’était signalé que par les pièces déposées en Mairie par les autorités anglaises.

4-20-Monument_anglais_1948

Le monument commémoratif érigé par la commune de Courtisols, le 13 juin 1948

Le 19 juillet 1951, la Commission Impériale des Sépultures Militaires Britanniques fit savoir au maire de Courtisols qu’elle désirait commencer les travaux d’aménagement des tombes britanniques et lui demanda l’octroi de 25 centimètres de terrain supplémentaire de chaque côté du monument afin de lui permettre l’aménagement suivant :
– une dalle couchée qui porterait les inscriptions des 7 militaires inhumés dans la tombe collective n° 1 ; – deux stèles individuelles couchées pour les tombes n°2 et 3
– une dalle couchée qui porterait les inscriptions de 5 militaires inhumés dans la tombe collective n° 4 – une stèle individuelle pour la tombe n° 5.

Le 5 septembre suivant, un autre courrier précisait que le projet proposé n’avait pas été approuvé entièrement par le Siège de la Commission en Angleterre et que, pour prévoir un aménagement supplémentaire, il faudrait non pas 50 cm mais 64 cm, ce que le maire accorda immédiatement. C’est ce monument que l’on peut actuellement voir au cimetière de Saint-Memmie : des dalles couchées portant les noms des douze aviateurs non identifiés ; 4 stèles verticales : une porte les noms de L. Johnson et H. Bearne, une autre celui de D. Macqueen, et les deux dernières évoquent les douze aviateurs enterrés à l’origine dans une tombe collective.

4-20-monument_anglais_2004

Le monument commémoratif le 2 mai 2004

Quant à la présence d’un aviateur non identifié (non signalé sur le monument), le doute fut définitivement levé en 1995 lorsque la Commonwealth War Graves Commission écrivit au colonel Michel Marszalek « au cimetière de Courtisols sont inhumés 14 britanniques et 1 Canadien, tous identifiés… le soldat inconnu à l’origine était en fait la tombe collective 1 (Les 7 aviateurs du Lancaster Mark 1)
Lors de l’inauguration du monument, en juin 1948, julien Adnet proclamait : « [Les habitants de Courtisols] auront, vous pouvez en être certain, un respect jaloux à l’égard de ce monument qui perpétuera aux générations qui nous succéderont, le sacrifice de ces Héros qui sont morts pour que nous, Français, nous restions des citoyens libres ». Soixante ans après, les Courtisiens n’ont pas oublié : le 2 mai, une cérémonie a eu lieu au cimetière de Saint-Memmie pour célébrer le soixantième anniversaire du sacrifice de ces combattants pour la Liberté.