La guerre 1939-1945 à Courtisols d’après le registre des délibérations du Conseil municipal

En raison de l’occupation allemande et de la collaboration du régime de Vichy, les archives relatives à la période 1939-1945 sont rares, et il est donc très difficile de connaître la vie des Courtisiens pendant la Seconde Guerre Mondiale. En feuilletant le registre des délibérations du Conseil Municipal nous avons pu néanmoins recueillir quelques informations, que nous commençons à publier dans le présent numéro.

Dès 1938, le climat international s’alourdit. Après le rattachement de l’Autriche à l’Allemagne (Anschluss), le 17 mars, la Tchécoslovaquie devint une nouvelle cible pour Hitler et les Nazis qui revendiquèrent la région des Sudètes. La France et l’Angleterre tentèrent de modérer le gouverne-ment tchèque, mais la crise s’aggrava. La France mobilisa et se pré-para à la guerre.
Lors de la séance du conseil municipal du 20 septembre 1938, le maire de Courtisols, julien Adnet, exposa aux conseillers municipaux présents (Jean Colsenet et Robert Appert-Collery, rappelés sous les drapeaux, étaient absents) qu’il avait tenu à les réunir en raison de la situation actuelle créée par les événements extérieurs :

« La situation apparaît certes inquiétante, mais ne doit pas cependant être jugée désespérée ; néanmoins le gouvernement français se voit dans l’obligation de prendre de larges mesures de sécurité et de rappeler immédiatement certaines catégories de réservistes sous les drapeaux afin de parer à toutes éventualités en cas de conflit extérieur… Les rappelés de la commune de Courtisols sont au nombre de 104 et une douzaine de véhicules automobiles ont été réquisitionnés. Cet état de chose présente une certaine complication tant au point de vue des familles des appelés qu’au point de vue général de la population.
Les familles vont se trouver démunies de leur seul soutien, d’autres dans un grand embarras relativement à la conduite de leurs affaires et enfin toute la population en général pour ce qui concerne le ravitaillement, attendu qu’il ne reste plus qu’un seul boulanger et que les bouchers privés de leurs employés mobilisés et de leurs moyens de transports vont être dans l’obligation de réduire leur ravitaillement de même que tout ce qui concerne l’alimentation.
D’autre part le corps des sapeurs-pompiers se trouve bien réduit du fait du rappel de 18 pompiers sur 41 inscrits. A ce sujet, le maire indique au Conseil Municipal qu’il s’est déjà mis en rapport avec Monsieur Montel, chef de corps, et que certaines dispositions ont été prises pour le recrutement de jeunes gens pour faire face aux nécessités éventuelles ».

Après l’entrevue de Munich, qui avait vu, le 29 septembre, la France et l’Angleterre lâcher la Tchécoslovaquie, la crise s’apaisa… pour quelques mois : en mars 1939, les troupes allemandes entrèrent en Tchécoslovaquie et l’Allemagne formula de nouvelles exigences à l’égard de la Pologne. Le 23 août fut signé le pacte de non-agression germano-soviétique, alors que les troupes allemandes se préparaient à envahir la Pologne.

Le 28 août 1939, Robert Appert-Collery et jean Colsenet, une nouvelle fois rappelés sous les drapeaux, ne peuvent participer à la
réunion du conseil municipal, ou cours de laquelle julien Adnet exposa la situation … dans les mêmes termes, presque au mot près, qu’en septembre 1938. Seule différence : 71 réservistes ont été rappelés et 25 véhicules automobiles réquisitionnés. Selon le maire, « La situation apparaît certes inquiétante, mais ne doit pas cependant être jugée désespérée… ». Mais ce conseil du 28 août montrait que la situation était plus grave que l’année précédente. Le maire demanda en effet au conseil Municipal d’étudier la question des chambres pour le logement des officiers de passage. La liste établie fut vérifiée et mise au point, puis les conseillers municipaux de chaque quartier furent chargés de faire certaines démarches auprès de quelques personnes qui se refusaient de loger bien que leur situation parût le leur permettre. D’autre part, le maire informa le conseil que des négociations étaient en cours pour le transfert, à Courtisols, de l’hôpital civil de Châlons-sur-Marne, transfert qui s’effectuerait dans les locaux suivants : secrétariat de mairie, école de filles (laïque), école libre, patronage de Mr le curé, hangar de machines agricoles de Mr Arsène Charlier.

Le 3 septembre, la France et l’Angleterre déclarèrent la guerre à l’Allemagne. Lors de la séance du 14 septembre 1939, le maire fit savoir au conseil municipal qu’en raison des nombreux cantonnements de troupes qui affluaient sans cesse, il y avait lieu de réorganiser et rechercher dans la commune, les lieux et endroits susceptibles de recevoir des cantonnements, pour ce qui concernait les chambres et lits d’officiers, les logements des sous-officiers et hommes de troupe et les remises pouvant abriter les chevaux. Louis Pannet et Léon Montel furent désignés pour reconnaître et établir un état des cantonnements. Les indemnités prévues pour les habitants pour les cantonnements étaient les suivantes : 3 francs par nuit et par lit pour les officiers ; 15 centimes par homme de troupe cantonné et par nuit. D’autre part, conformément aux circulaires du préfet de la Marne et du directeur des services agricoles de la Marne relatives à la défense de l’agriculture dans les campagnes et en raison de la mobilisation de la main d’oeuvre agricole, un comité communal de production chargé d’assurer l’utilisation au mieux de l’intérêt général des moyens de travail existant fut créé. Enfin, le maire, après le rappel sous les drapeaux du docteur Aupérin, communiqua les noms des médecins châlonnais qui pouvaient être appelés en cas d’urgence.

Le 9 octobre 1939, le maire soumit au conseil municipal une demande formulée par l’officier de l’ambulance lourde 425, chargé de l’organisation de la défense passive militaire ou civile. Cet officier suggérait l’acquisition par la commune, en tenant compte de subventions éventuelles, de sirènes d’alarme en cas d’alerte de jour ou de nuit. Le maire avait répondu à cet officier que des mesures avaient été prises en conséquence à l’effet de prévenir la population, en cas d’alerte, par des voitures automobiles qui circuleraient en faisant actionner sans arrêt leur avertisseur. En conséquence, le conseil municipal rejeta l’achat de sirènes. En revanche, il approuva la désignation d’un major de cantonnement pour le logement et le cantonnement des troupes susceptibles de stationner dans la commune. Ce conseil municipal vota également une somme deux cents francs par mois, au profit de mademoiselle Laurent avec effet du 1er septembre 1939, date à laquelle elle avait été engagée afin d’aider M. jan, secrétaire de Mairie, dans les travaux qui lui incombaient en raison de la situation.

Mais si on se battait en Pologne, le front occidental restait calme : c’était « la drôle de guerre ». Le 11 décembre 1939, au cours de la réunion du conseil municipal à laquelle participaient, pour la première fois depuis la déclaration de guerre, Robert Appert-Collery et Jean Colsenet, qui avaient été rappelés, on parla moins des problèmes liés à la guerre. Outre l’approbation très favorable à la désignation d’un major de cantonnement, on note simplement que le conseil, qui avait approuvé très favorablement la désignation d’un major de cantonnement, examina la question de la consommation de courant électrique par les troupes : il demanda au maire d’intervenir auprès des officiers à l’effet de réglementer dans de justes proportions le courant dans les cantonnements, la dépense devant être assurée par les troupes pour ce qui les concernait.

Mais la situation de certains habitants devenait difficile. Le 8 février 1940, le conseil municipal accorda l’assistance aux femmes en couches et des primes d’allaitement à deux courtisiennes qui n’avaient comme seule ressource que l’allocation militaire qui leur était versée parce que leur mari était mobilisé (pour les mêmes raisons, ces aides furent accordées à une autre habitante le 1er avril 1940). Le maire avait d’ailleurs prit l’initiative de créer pour la commune un comité d’entraide aux mobilisés de la guerre, auquel le conseil décida d’accorder une subvention de 1200 francs. Un crédit de deux cents francs fut également voté au profit de l’Oeuvre Départementale d’Entraide aux Mobilisés. Enfin le maire fit une communication concernant l’aménagement, sur le territoire de la Commune de Courtisols, de baraquements destinés au logement des soldats ainsi que pour la restauration prévue pour certains immeubles appartenant à la Commune ou à des particuliers.

Les mobilisés reçurent rapidement une aide puisque le l er avril 1940, le maire communiqua au conseil municipal des lettres de remerciements des mobilisés de la commune qui avaient reçu la petite obole qui leur avait été adressée par le Comité d’Entraide aux Mobilisés, qui avait pu effectuer une première répartition. Ce même conseil, enfin, donna acte au maire pour faire le nécessaire au mieux des intérêts de la commune et des habitants en raison des événements actuels qui compliquaient la situation des communes rurales. Mais l’offensive allemande sur le front occidental était proche…
(à suivre)

« Courtisols actualités » recherche des témoignages.

Que s’est-il vraiment passé à Courtisols pendant la Seconde Guerre Mondiale ? Les archives étant peu nombreuses, seules les personnes qui ont vécu ces événements dans notre commune peuvent nous le faire savoir. Mais elles sont âgées et lorsque l’une d’entre elles disparaît, c’est un peu de notre mémoire qui s’en va. Aussi, nous nous adressons à vous, derniers témoins de cette terrible époque. Si vous voulez que les générations futures sachent ce qui s’est réellement passé, notamment pour que cela ne se reproduise plus, nous vous invitons à nous donner vos témoignages. Vous pouvez soit adresser votre récit (même sans donner votre nom, si vous le souhaitez) par écrit à la mairie, soit demander au secrétariat de mairie qu’un des responsables du bulletin municipal vienne vous interviewer. Nous vous remercions de votre aide, indispensable, précieuse et inestimable.