La guerre 1939-1945 à Courtisols (fin)

Lors de la séance du Conseil municipal du 2 janvier 1942, « les Conseillers municipaux, saisis des grandes difficultés présentes, soulevées par le cantonnement des troupes allemandes d’occupation qui arrivent dans la commune, décident, en raison de l’absence du maire retenu par les autorités allemandes, de lever la séance et de la reporter à une date ultérieure », mais nous ignorons les raisons de cet incident.

Au cours des années 1942 et 1943, le Conseil évoque divers problèmes consécutifs aux événements de 1940 : le remplacement de la camionnette automobile qui servait aux déplacements du matériel de défense contre l’incendie, car celle qui existait au moment des hostilités de guerre avait été enlevée lors de l’évacuation en juin 1940, sans qu’il ait été possible de la retrouver ; le règlement de la facture relative aux plaques en granit sur lesquelles sont inscrites les noms des victimes civiles (16 février 1942) ; mise en valeur des restes à payer de 1940 et des locations d’herbage, René Chazée et Ernest Pannet n’ayant pu récolter l’herbe prévue au bail de location contracté avec la Commune (22 mars 1942, jour de la fondation de la Société de pêche « La truite ») ; vote de crédits supplémentaires pour la remise en état des chemins ruraux qui ont beaucoup souffert des événements militaires de 1940 (8 janvier 1943).

Le 7 mai 1943, le maire communique au Conseil Municipal les copies de circulaires du Préfet de la Marne mentionnant que le gouvernement peut ordonner l’évacuation des régions côtières
ou des secteurs menacés de bombardements et notamment prévoir l’éloignement des enfants ; que la commune peut être appelée à recevoir et héberger une soixantaine de personnes ainsi que des enfants ; et enfin qu’il est nécessaire de constituer un comité communal d’accueil des réfugiés. Ce comité, réuni séance tenante, décida de procéder immédiatement au recensement des possibilités d’accueil dans la commune, tant pour le placement des enfants dans les familles qui accepteraient de les prendre à leurs foyers, que pour les locaux non habités ou faiblement habités mais susceptibles de loger des ménages ou des familles de réfugiés.

Le 4 juin 1943 le maire signale au Conseil municipal qu’il a été désigné par les autorités départementales pour faire partie de la délégation des maires de Champagne appelés par le maréchal Pétain. II s’est donc rendu à Vichy où, sur la demande du maréchal il eut, avec les maires délégués du département, audience avec lui et son entourage, ainsi qu’avec le président du conseil Pierre Laval. Le Maire se déclara enchanté de son voyage.

Mais la pression économique et les réquisitions des troupes d’occupation sont de plus en plus fortes et la Préfecture adresse régulièrement diverses instructions consécutives aux prescriptions des autorités allemandes : afin de renforcer la surveillance et la protection des récoltes et du matériel de battage exercées par la gendarmerie, il est recommandé de réorganiser, avec le concours de tous les administrés valides, des tournées de surveillance surtout la nuit (31 août 1943) ; en raison de la mobilisation des métaux non-ferreux (« impôt métal »), le maire désigna la salle de la mairie pour le stockage des métaux et nomma un chef d’équipe réceptionnaire (Henri Muau) et un employé aux écritures (le secrétaire de mairie) (9 mars 1944) ; on procéda à la révision de la liste des jeunes gens et des hommes (nés entre le 1er juillet 1884 et le 30 juin 1928) susceptibles d’être appelés pour le service des Ponts et Chaussées ou d’être requis par les Allemands pour
certaines corvées et au recensement de toutes les femmes nées entre le 1er juillet 1899 et le 30 juin 1920 (14 juillet 1944).

Le conseil du 15 juin 1944 se préoccupa du renouvellement du bail du presbytère, le maire ayant demandé une augmentation du loyer au curé Ulrich qui, en accord avec l’évêque de Châlons et en raison des difficultés du moment, demanda le maintien des conditions du bail (500 francs), ce que le conseil municipal accepta mais pour un bail de trois ans seulement.

La libération

Malgré la libération de Courtisols par les Américains, le 28 août 1944, la guerre reste présente dans les mois qui suivent : le 12 septembre 1944, le conseil municipal dressa les listes des dépôts et endroits où se trouvaient des dépôts de munitions et explosifs, ainsi que les listes des autos et autres objets abandonnés par les Allemands lors de leur retraite.

Le 2 novembre 1944, le Conseil organisa la Fête Nationale du 11novembre, la première depuis 1939 : une manifestation, avec dépôt d’une palme souvenir au Monument aux Morts des deux Grandes Guerres et une autre devant les tombes des Aviateurs Anglais tombés en combat aérien et inhumés au cimetière de Saint-Memmie. Le même jour, il fut décidé de participer à la souscription publique au profit du Monument des Fusillés de Châlons-sur-Marne.

Conformément aux instructions du Conseil national de la Résistance, aux décisions prises par le comité départemental de la Marne de la Libération nationale, de l’ordonnance promulguée à Alger par le Comité Français de la Libération Nationale, le préfet de la Marne avait décidé le 2 décembre 1944 de maintenir ou rétablir dans leurs fonctions 10 des 12 conseillers municipaux élus avant le 1er septembre 1939. Etaient absents de la liste Louis Pannet, décédé le 6 février 1944 et Robert Appert-Collery. Après la désignation de deux nouveaux conseillers pour les remplacer, on procéda, le 9 décembre 1944, à l’élection du maire (Julien Adnet) et de l’adjoint (Georges Adnet-Poinsenet).

La guerre n’était toujours pas terminée : le 20 avril 1945, le maire expose au conseil municipal qu’il a été saisi d’une réclamation des gérantes des cabines téléphoniques qui, en raison de l’important contingent de troupe cantonnée à Courtisols, ne pouvaient plus assurer le service du téléphone, les soldats ont besoin d’user du téléphone toute la journée pour un usage administratif, mais aussi à titre personnel. Le maire fut chargé d’intervenir pour que les communications téléphoniques à titre particulier ne soient demandées qu’au bureau de poste, centre de Saint-Martin et non aux cabines et chez les abonnés reliés aux cabines.

Lors des élections municipales du 29 avril et du 13 mai 1945, les changements furent importants : seuls 4 conseillers municipaux sur les 12 nommés le 2 décembre 1944 furent élus, dont julien Adnet qui retrouva son siège de maire et Léon Montel nommé adjoint le 15 mai. On procéda ensuite à la désignation des commissions dont le nombre augmenta en raison des restrictions imposées à la
population : commissions chargées du ravitaillement en alimentation ou de la répartition des chaussures, des textiles, des pneus etc.

La guerre toujours présente

Dans les mois qui suivirent, les allusions à la guerre deviennent de plus en plus rares dans le registre des délibérations.

Le 21 septembre 1945, le conseil municipal décida de payer les frais de la fête du Retour des Prisonniers et Requis du Travail Obligatoire, organisée le 30 septembre 1945.

Le 8 novembre suivant, il envisagea de remplacer la camionnette automobile utilisée pour la traction de la motopompe et le transport du matériel des
pompiers (l’achat d’une camionnette américaine était même prévue).

Le 30 août 1946, il acquit, pour l’offrir comme prix aux enfants des écoles, le livre « Retour d’Auschwitz, souvenirs du Déporté 174949 », qui retraçait les horreurs nazies durant la guerre.

Le 7 novembre 1946, Maurice Maucourt sollicita un sursis d’appel sous les drapeaux pour une année. Le conseil municipal donna un avis favorable à cette demande en raison de sa situation familiale : sa mère avait été tuée par le bombardement aérien de Chavanges (Aube) le 13 juin 1940 durant l’évacuation ; son père veuf assurait péniblement la marche de son exploitation ; il a été adopté Pupille de la Nation. Le même jour, le conseil vota une somme de 500 francs pour participer à l’érection d’un monument à la mémoire de Roosevelt, Président des Etats-Unis.

En mai 1948, enfin, il fut décidé d’élever un monument commémoratif à la mémoire des aviateurs et soldats britanniques tombés sur le territoire de Courtisols à la suite des combats aériens qui se sont déroulés dans la nuit du 3 au 4 mai 1944. L’inauguration eut lieu le 13 juin 1948, lors de l’Assemblée générale de Anciens Combattants de la Vallée de la Vesle, sous la présidence du général Noël du Payrat, commandant la Place de Châlons, en présence de délégués anglais.

La lecture des registres des délibérations du Conseil Municipal permet donc de connaître certains événements qui se sont déroulés à Courtisols pendant la Guerre, mais il est clair que les comptes rendus des séances restent laconiques, car les troupes allemandes qui occupaient le village contrôlaient tous les actes administratifs de la municipalité… Il est nécessaire de les compléter par les témoignages de ceux qui ont vécu ces douloureux événements… et qui sont de moins en moins nombreux.