La guerre 1939-1945 à Courtisols (suite)

Le 10 mai 1940, les Allemands pénètrent en Belgique et attaquent dans les Ardennes ; leur offensive est rapide et dès le 14 mai le front est percé. Les civils fuient, partent en auto, en chariot ou
à pied ; c’est l’exode. Le 14 juin, les Allemands entrent à Paris et quelques jours plus tard, la France signe l’armistice. Une grande partie de la France est occupée.

Préfecture de la Marne
Ordre d’évacuation
L’autorité militaire ayant décidé l’évacuation de la commune de Courtisols, le présent ordre d’évacuation devra immédiatement être porté à la connaissance des administrés par tous les moyens dont vous disposez.
Dès la publication de cet avis, les habitants sous votre direction devront prendre leurs dispositions pour que l’évacuation totale de la commune soit exécutée dans le moindre délai et en tout état de cause avant le 13 juin 1940 à 19 heures.
Vous disposez de pouvoirs discrétionnaires pour mettre à la disposition de vos administrés l’ensemble des moyens de transports de toute nature qui peuvent encore exister dans votre commune.
Priorité de départ sera donnée aux jeunes gens affectés spéciaux (usines et entreprises) mobilisables et en général à tous les éléments susceptibles de contribuer à l’activité du pays.
Les fonctionnaires ne devront quitter leur poste qu’après avoir assuré la sécurité du personnel dont ils ont la charge et des archives de leurs services. Ils devront prêter leur concours absolu au maire ou à son représentant pour collaborer à l’organisation des mesures d’évacuation jusqu’à leur entière réalisation. Le maire ou le représentant qualifié du conseil municipal quittera la commune le dernier après avoir confié à un de ses collaborateurs le soin de prendre la direction du convoi qui aura été formé, afin de s’efforcer de le maintenir groupé.
Dans toute la mesure du possible l’évacuation du bétail devra être réalisée en confiant à plusieurs habitants le soin de convoyer les troupeaux préalablement assemblés.
Les habitants de votre commune devront se diriger vers le département de l’Aube par les voies et chemins qui seront portés à votre connaissance dès qu’ils auront été déterminés par l’Autorité militaire.
A Châlons, le 1 1 juin 1940.
Le Préfet de la Marne.
Préfecture de la Marne. Itinéraires routiers. L’itinéraire d’évacuation est le suivant : Itinéraires pour les convois sur route :

  • 1° Marson, Pogny, Omey, La Chaussée, Aulnay L’Aître
  • 2° Saint-Amand, Saint-Quentin-les-Marais, Vitry-le-François, Bignicourt-sur-Marne, Arrigny Outines, Chavanges (Aube)

 

D’après les instructions, mais verbales, un itinéraire sera donné à Chavanges, suite à celui ci-dessus. S’adresser à la mairie de Chavanges.

Courtisols est désormais sous la botte nazie. Ce n’est que le 1 er septembre que le conseil municipal put se réunir. Le maire, julien Adnet fit l’historique de la situation pénible du mois de juin et retraça toutes les difficultés vécues au moment de l’évacuation. II informa le conseil que toutes les dispositions avaient été prises pour la mise en sûreté des archives communales aux Archives départementales. Les documents qui ne pouvaient être séparés du secrétariat de mairie avaient été confiés à Mr jan, secrétaire, qui en a assuré la garde et les a rapportés à son retour. L’évacuation des personnes n’ayant aucun moyen de locomotion fut assurée par l’autorité militaire après les démarches faites par le maire. Avant de passer à l’ordre du jour, le maire évoqua les douloureuses difficultés personnelles subies par les habitants pendant l’exode en raison de l’encombrement de la circulation et surtout des bombardements. II adressa un hommage ému aux familles éprouvées par la perte cruelle d’un ou plusieurs des leurs, comme celles d’Alfred Vitry et de jean Colsenet, conseillers municipaux ; en outre, deux soldats de Courtisols, Pierre André et jean Broquard, avaient été tués. II proposa que, dès que les circonstances le permettraient, les noms des victimes civiles et militaires soient inscrits sur le Monument aux Morts de la Commune. Le Maire exposa ensuite au Conseil Municipal les nombreuses circulaires qui émanaient tant de la Préfecture que des diverses Kommandanturs et services divers et qui avaient trait à la situation du pays et à la réorganisation de la vie économique. II demanda que les habitants restent en termes des plus corrects avec les autorités allemandes et les soldats de l’occupation et confirma l’installation provisoire du secrétariat de mairie dans la petite salle du Conseil Municipal à la mairie en raison de l’installation de la Kommandantur dans les locaux du secrétariat de mairie. II recommanda aux habitants lésés par le passage de soldats allemands ou par les cantonnements d’en aviser la Kommandantur aussitôt. Le maire demanda à Arsène Charlier de prendre toutes les dispositions pour signaler les besoins en charbon de toute nature tant pour les besoins personnels de la commune en général que pour le chauffage des classes et de la mairie. Enfin, le maire remercia les membres de la Commission communale (constituée en l’absence du maire et des conseillers municipaux, non rentrés d’exode) pour le dévouement qu’ils ont prodigué pour le ravitaillement de la population en attendant la reprise du Conseil Municipal.

La séance du 13 octobre 1940, commença par un exposé de julien Adnet sur la situation créée par le problème de l’occupation allemande, pour son ravitaillement et sur ce qu’il a fait pour résoudre au mieux des intérêts de la population. II donna lecture d’une circulaire du chef cantonal agricole concernant les dispositions nécessaires pour le relèvement économique du pays et préconisant les mesures à prendre, notamment pour les exploitations inexploitées : les conseillers municipaux du quartier Saint-Julien devaient prendre les dispositions nécessaires pour pourvoir aux besoins qui s’imposaient quant à la situation de l’exploitation de Lucien Cellier, prisonnier de guerre ; le maire prévoyait aussi d’étudier avec les agriculteurs voisins les conditions de reprise de la propriété d’Emile Montel. Enfin, en raison des nombreuses affiches dont le collage était imposé, le conseil municipal désigna les emplacements réservés à l’affichage.

Le 27 janvier 1941, après lecture de circulaires concernant les oeuvres fondées pour venir en aide aux prisonniers de guerre, le conseil vota une subvention de 1 500 francs à l’oeuvre du Secours national. Ensuite, après accord entre les commerçants en alimentation,
il fixa les heures d’ouverture des magasins de 9h à 13h et de 1 5h à 19 h, « heure allemande », jusqu’au 1 er mars 1941 puis de 9h à 14h et de 15h à 20h. Enfin, deux commissions furent instituées en raison des difficultés relatives au ravitaillement et aux répartitions de certaines marchandises : l’une pour le ravitaillement en alimentation et l’autre pour la répartition des chaussures.

Ces deux commissions furent renforcées le 13 mars 1941. Le 8 avril, le maire signala qu’une réquisition de 400 quintaux d’avoine était imposée à la commune (à verser avant le 12 avril) pour parfaire le contingent réclamé par les autorités allemandes. Les conseillers municipaux de chaque quartier devaient visiter les cultivateurs en vue de la récupération de l’avoine, celle-ci étant réceptionnée chez Georges Adnet-Denis pour la partie est de la commune et chez julien Adnet pour la partie Ouest de la Commune.

Le 20 mai 1941, le conseil décida de faire poser sur le Monument aux Morts des plaques commémoratives portant les noms des victimes civiles de la guerre. Quinze jours plus tard, il précisa que l’entreprise Vaxelaire de Châlons graverait les noms des deux soldats morts pour la France ainsi que celui du capitaine julien Lorinet, mort à Marseille des suites de maladie contractée aux colonies au service de la France ; deux plaques commémoratives porteraient les noms des 14 victimes civiles tombées sur les routes durant l’exode. Ces plaques furent inaugurées le 16 juin, après la célébration par le curé Ulrich d’un service religieux à l’intention des victimes militaires et civiles de Courtisols tombées durant la « guerre 1939-1940 ». Cette cérémonie fut présidée par le préfet de la Marne, René Bousquet, qui signa le registre des délibérations du conseil municipal pour attester son passage à Courtisols (en avril 1942, René Bousquet fut nommé secrétaire général à la Police dans le gouvernement Laval).
Dans les six derniers mois de 1941, la guerre ne fut guère présente dans les délibérations du conseil, si ce n’est la mise en place, le 13 octobre1941, d’une commission chargée de la répartition des pneus.
(à suivre)

LE SAVIEZ-VOUS ?

Le nom de Courtisols « Curtis Acutior » apparaît pour la première fois dans le polyptyque (inventaire des domaines) de Saint-Remi de Reims. Le 13 mai 847, un procès y fut organisé pour juger du statut d’une famille qui se disait libre ; le jugement décida que ses membres étaient en fait des esclaves. Au milieu du IXe siècle, la villa de Courtisols était le plus grand domaine possédé par l’abbaye de Saint-Remi (122 tenures ou exploitations paysannes). Elle lui avait été donnée, quelques années auparavant, avec l’église Saint-Martin, par un certain comte Haidericus, qui résidait aux environs de Châlons. En 991, le roi Hugues Capet confirma les possessions de l’abbaye de Saint-Remi, parmi lesquels figurent Courtisols « Curtis Ausorum ». c’est ce dernier nom qui sera utilisé dans tous les actes latins médiévaux. Mais les habitants ne parlaient pas tous le latin à cette époque et le nom du village évolua comme le montrent les quelques mentions suivantes (liste non exhaustive) : « Cortesor » en 1165, « Cortoisor » en 1203, « Cortisor » en 1213, « Cortesol » en 1213, « Courtisor » en 1218, « Cortisuel » en 1231, « Cortisou » en 1238, « Courtisout » vers 1252, « Courtisot » vers 1300, « Courtiseul » en 1402, « Courtisolt » en 1419, « Courtizore » en 1543, « Courtisol » en 1 543 etc…