L’agriculture à Courtisols vers 1960

L’agriculture à Courtisols vers 1960
 Dans les cinquante dernières années, l’agriculture courtisienne a connu de profondes mutations. Voici ce qu’en disait Ernest Maillet dans son ouvrage Géographie champenoise, t. II, Les pays marnais, paru en 1963 (p. 195-197):

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« … En 1958, les diverses céréales occupent les positions suivantes : au premier rang, le blé cultivé sur 700 ha dans les meilleures terres, celles proches des villages, les bassières abondamment fumées de longue date et celles de la périphérie même, gagnées sur les pineraies et recevant de fortes doses d’engrais chimiques ; l’orge suit de près, cultivé sur 650 ha ; des sociétés brassicoles y ont dès 1942 créé des champs de comportement de variétés à forts rendements. Le seigle, en régression, occupe encore 400 ha, cultivé surtout sur les terres hautes, sèches et légères des confins de la partie orientale du territoire dans le secteur de Saint-Julien. Le déclin de la traction animale a fait descendre à 350ha la surface consacrée à l’avoine.
500 ha sont encore laissés en jachères et 550 consacrés aux prairies artificielles. Quelques essais de maïs-grain ont été tentés : les variétés les plus hâtives de semences américaines ont peine à mûrir. Les plantes sarclées sont en sérieux progrès : la pomme de terre n’est guère cultivée que pour les besoins domestiques. Tandis que les emblavements en betteraves sucrières demeuraient stationnaires jusqu’en 1958, oscillant autour d’une vingtaine d’ha, ils progressent depuis la création de l’usine de Fagnières, ceux de betteraves fourragères atteignent 150 ha suivant une progression parallèle à celle de l’effectif des bêtes à cornes.
On ne peut citer que pour mémoire d’anciennes cultures : la vigne dont la présence est attestée par les lieux-dits « la Côte des Vignes », « Derrière les Vignes », « la vallée des Vignes », « la Voie des Vignes » ; les lentilles réduites dès 1937 à trois hectares ; les oléagineux (navette, cameline, œillette, colza, etc.) qui connurent un regain de faveur durant l’occupation allemande.
L’importance et la structure des exploitations a beaucoup changé : les trains de culture à un seul cheval, en majorité jusqu’à la fin du XIXe siècle, ont disparu ; la plupart des fermes possèdent leur tracteur, les plus importantes en utilisent deux ; la surface d’exploitation varie de 50 à 80 ha ; dans deux cas seulement, elle dépasse cent ha….
Tandis que le nombre de chevaux s’effondre d’année en année avec les progrès de la motorisation, celui des bovins s’accroît atteignant actuellement plus de 1000 vaches laitières, en majorité de race française frisonne pie noire ; de mai à novembre, une centaine de génisses sont mises en pension dans de bonnes pâtures des Ardennes et de la Meuse.
La plupart des exploitants, pour écouler leurs pailles, fourrages et racines dans des conditions avantageuses et accroître le volume de leurs fumiers, nourrissent en hiver des grosses bêtes maigres appartenant à des marchands de bestiaux ou éleveurs de Champagne humide.
Pour l’élevage des moutons, le territoire communal était encore à la veille de la guerre de 1914, divisé en dix cantons affectés à dix troupeaux de chacun 250 bêtes en moyenne ; il en subsistait sept à la veille de la guerre de 1939 ; en 1961, il n’en reste que quatre. Les agneaux blancs ou gris sont vendus à Châlons, Reims, Nancy ; la laine, livrée à Suippes, va au Groupe Lainier de Reims.

Les porcs sont au nombre de 700 ; la fromagerie a le plus fort troupeau ; une grosse exploitation en élève une centaine ; les autres fermes en nourrissent un ou deux seulement.
Des trayeuses mécaniques existent maintenant dans la plupart des étables. Le lait va à la laiterie fromagerie de Courtisols.
Si l’aisance résultant d’une production accrue ne se reflète encore que timidement dans l’habitation, elle est pourtant indéniable, s’exprime par un emploi massif des engrais, par une motorisation et une mécanisation très poussées de l’agriculture ».