Le château de la Motte

La rue de la Motte, à Saint-Memmie, conserve le souvenir d’un château, aujourd’hui disparu, qui fait l’objet de cette « page d’histoire »…, en attendant l’évocation, dans un futur « Courtisols Actualités », des seigneurs de Courtisols.

Chateau à motte et maison forte.

Dans la seconde moitié du Xe siècle, apparaît, vraisemblablement entre Seine et Rhin, un nouveau type de fortification, le château à motte. La motte castrale était un tertre de forme tronçonique, parfois très aplati, fait totalement ou en partie de main d’homme, et entouré d’un fossé circulaire. Son diamètre variait, à la base de 30 à 100m et, au sommet de 10 à 60m, pour une hauteur de 5 à 20m.
Sur cette butte, on édifiait une tour en bois (plus tardivement en pierre), de forme quadrangulaire, ou donjon, qui avait une fonction résidentielle et militaire. Ce donjon était entouré d’une palissade ou chemise, voire d’une simple haie d’épineux. La motte était, la plupart du temps, dotée d’une basse-cour, généralement fortifiée par un fossé, qui portait des habitations, des bâtiments d’exploitation agricole, et éventuellement une chapelle.
Ces constructions en bois ont aujourd’hui disparu (à Somme-Vesle, par exemple), mais en maintes régions la motte subsiste et a parfois été interprétée comme un tumulus. C’est le cas notamment à Possesse, à Dampierre-le-Château et surtout à Bussy-le-Château, où s’élevaient quatre mottes (il n’en reste plus que trois, la plus importante, celle des seigneurs de Bussy-le-Château, ayant été rasée entre 1573 et 1772). Ces châteaux à motte, chefs-lieux de seigneurie, sont à l’origine des villages qui leur sont subordonnés, et que les historiens appellent bourgs castraux.

A partir de la seconde moitié du Xlle siècle, et surtout au Xllle siècle, les textes signalent l’existence de « maisons fortes », expression qui souligne les caractères de ces habitations, résidences fortifiées et centres d’exploitation agricole. Toutefois, leurs défenses sont insuffisantes pour qu’on puisse les qualifier de châteaux, comme les mottes. Implantée ordinairement en terrain humide, la maison forte occupe très souvent une plate-forme quadrangulaire de 30 à 100m de côté, sans élévation par rapport au sol environnant, et entourée d’un fossé en eau, large en moyenne de 8 à 15m.
Propriété de petits seigneurs ou de chevaliers, les maisons fortes sont situées en marge des villages. Toutefois, par convenance ou par emphase, leurs plates-formes, notamment les plus importantes, ont été assez rapidement appelées « mottes ».

Les vestiges du château de la Motte de Courtisols.

Le château de la Motte, à Courtisols, s’élevait sur la rive gauche de la Vesle, à environ 400m à l’ouest de l’église de Saint-Memmie. Il figure encore sur le cadastre napoléonien réalisé en 1811, conservé au secrétariat de mairie, et dont nous donnons ci-dessous un extrait. Grâce à ce document, nous pouvons donner une description, certes sommaire, du domaine et des bâtiments : on y accédait, depuis la rue de Cheppe, par une large allée bordée d’arbres, qui traversait la rivière sur un pont; le château, et construit, en forme de « L », sur une parcelle quadrangulaire entourée d’un large fossé (12m de largeur vers l’est), était à l’est de cette allée, alors qu’à l’ouest s’élevait une ferme et des bâtiments agricoles, disposition traditionnelle pour les mottes à basse-cour.
Dès 1813, ses derniers propriétaires le vendirent à des marchands de biens qui le démolirent : la butte sur laquelle il était établi fut aplanie pour combler les fossés. C’est pourquoi, il n’existe plus aucun vestige des bâtiments. Cependant aujourd’hui encore une mare et un bosquet marquent l’emplacement de larges fossés et quelques mouvements de terrain (à environ 150m à l’est de la rue de la Motte, un léger bombement, haut d’environ 2m) témoignent de l’emplacement des dépendances agricoles et peut-être de la ferme. Des mesures précises seront nécessaires pour conforter cette hypothèse. D’après les papiers de S.G. Benoist (dont la famille avait acquis le domaine), publiés dans le Bulletin Paroissial de Courtisols en octobre 1915, la motte était à l’origine élevée, ce qui est aujourd’hui invérifiable.
Mais ce château était-il bien, à l’origine, un château à motte? En novembre 1274, Henri dit Chaudron, écuyer, et sa femme Isabelle, veuve de Guillaume, chevalier de la Mote de Cortisor, reconnurent tenir un bois de l’abbaye de Saint-Memmie. Cette première mention de la Motte, aux mains d’un petit seigneur, est donc tardive. C’est pourquoi, en tenant compte de sa situation, à l’écart du village et dans un lieu aujourd’hui encore très humide, il paraît plus logique de supposer que les seigneurs avaient construit une maison forte, mais que celle-ci était assez importante (son tertre quadrangulaire était sans doute surélevé) pour être considérée comme très proche du château à motte, ce qui expliquerait son nom médiéval.
Toutefois, le château détruit au XIXe siècle n’avait plus rien à voir avec le manoir du Moyen Age, puisque, selon E. de Barthélemy, le Conseil de Ville de Châlons en avait décidé la destruction le 4 mars 1418. Nous ignorons, dans l’état actuel de nos connaissances, l’époque de sa reconstruction.

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