Le général d’Eu

4-20-euLe général Clément Célestin d’Eu est né le 3 octobre 1848 à 18h30 à Courtisols, au domicile de ses parents, qui s’étaient mariés dans la commune le 6 janvier précédent. Son père, Louis Gérasime d’Eu, cultivateur, était né à Monçetz, le 16 juillet 1820, de Memmie d’Eu, cultivateur, et Marie Bozemont. Sa mère Marie Florence Martin, sans profession, fille de Nicolas Martin, cultivateur, et de Marie-Alexise Montel-Marquis, avait vu le jour à Courtisols le 1er avril 1821.

Clément d’Eu fit une partie de ses études, en même temps qu’Octave Bellois, au pensionnat tenu par Désiré Prosper Appert, avant de rejoindre l’Institution Piperaud. Reçu à l’école spéciale militaire de Saint-Cyr, il en sortit au bout de 2 ans, en 1870, comme sous-lieutenant, et c’est avec ce grade qu’il commanda une section de surcos, au 3e régiment de tirailleurs, pendant la guerre de 1870. Il fut ultérieurement nommé capitaine dans le régiment d’infanterie stationné à Bayonne. Quelques mois plus tard, il partit en Afrique comme capitaine au 2e régiment de tirailleurs, dont il fut un certain temps le major. Commandant au 4e régiment de tirailleurs, lieutenant-colonel au 1er régiment de tirailleurs, colonel au 2e régiment de tirailleurs, il fut nommé général et placé à la tête de l ère brigade d’Afrique Alger, puis de la 4e brigade d’infanterie de Constantine. Comme lieutenant-colonel, il organisa et commanda la colonne du Tidiklet puis prit part au combat d’In Rhar. Cette expédition avait permis à la France d’accroître ses possessions au Sahara.

La 3 octobre 1910, peu après avoir été nommé grand officier de la Légion d’Honneur, il quitta la 4e, brigade de Constantine, pour passer dans la 2e section (réserve) du cadre de l’Etat-major de l’armée. Au moment de ce départ, le général Bailloud, commandant le 19e corps d’armée à Alger, fit ce portrait du général d’Eu dans son ordre du jour :
« La bravoure, son jugement, ses aptitudes militaires, comme aussi sa connaissance des hommes et des choses d’Algérie lui valurent partout les plus brillants succès et en faisaient, pour le commandement, le plus précieux des collaborateurs. C’est avec une douloureuse émotion que chefs, camarades et subordonnés, français et indigènes, saluent son départ, qui va laisser un grand vide dans les rangs de notre belle armée d’Afrique qu’il aimait tant, et à laquelle il avait voué toute son activité, toute sa belle intelligence ».

Lors de ce départ à la retraite du général d’Eu, un autre marnais, le colonel Grandjean, du 3e zouaves, prononça, au nom de la 4e brigade d’infanterie, un discours très chaleureux au Cercle militaire de Constantine :
« Toute votre existence militaire, sauf le début de votre carrière, lorsque vous reçûtes le baptême du feu sur les champs de bataille de 1870, toute votre existence militaire, dis je, vous l’avez passée sur cette terre d’Afrique, arrosée du sang de nos glorieux devanciers, et vous avez conduit vos vaillantes troupes plus loin que l’avaient fait vos aînés, jusque dans le Sahara inconnu et troublant, où, sous vos ordres, a brillé l’éclat de nos armes. Aussi étions-nous fiers, mon général, de servir sous les ordres d’un maître tel que vous, qui nous donnait à tous l’exemple, comme homme, de toutes les qualités de coeur, d’intelligence et d’esprit, comme soldat, de toutes les vertus guerrières, et qui, enfin, comme chef, nous inspirait non seulement le respect, mais encore la confiance, cette confiance absolue qui sera le principal appoint des victoires futures ! … »

Le conseil municipal avait décidé que le portrait du général d’Eu serait placé dans la salle d’honneur de la mairie, à côté du portrait de M. Massez. Le 26 février 1911, Octave Bellois, le maire de Courtisols, présenta au Conseil municipal une photographie du général d’Eu, encadrée par les soins du conseil municipal. Le général, qui porte la plaque de grand officier de la Légion d’Honneur, y est représenté en grande tenue de général de brigade. On lit sous le portrait un extrait de l’ordre du jour du général Bailloud. Ce même jour, il fut procédé à la mise en place solennelle de la photographie, qui est toujours en place dans la salle du conseil. Sur proposition du maire, ami d’enfance du général, il fut décidé qu’une petite fête intime aurait lieu pendant l’été, lorsque le général d’Eu serait de retour dans sa famille.

Mais le général d’Eu ne profita guère de sa retraite et mourut quelques mois plus tard. Le 7 janvier 1912, le maire rendit compte au conseil de la visite du général de brigade Dautelle, alors en retraite et domicilié à Châlons, qui l’avait informé qu’un certain nombre d’amis du général d’Eu seraient disposés à participer à l’érection d’une plaque commémorative ou d’un buste, dans le cas où le conseil municipal de Courtisols s’associerait à cette oeuvre. Le maire soutint cette initiative car « ce serait honorer la mémoire de cet excellent Français, de ce valeureux qui est mort avant d’avoir vu son rêve, qui était l’annexion du Maroc, se réaliser. Pour lui qui avait été planter le Drapeau‘ français à Colomb-Béchar et au delà, la prise de possession du Maroc devait compléter ce qu’il appelait le prolongement de la Patrie Française sur la terre d’Afrique qu’il avait foulée en tous sens pendant quarante ans ». Le Conseil s’engagea pour une somme de 200 F et décida, si le projet se réalisait, de faire une souscription dans toute la commune. Il ne semble pas que ce buste ait été réalisé.