Le Parc Massez : un parc mixte de la seconde moitié du XIX ème siècle

Afin de reconstituer le parc Massez, en grande partie détruit après la tempête du 26 décembre 1999, le conseil municipal a commandé aux bureaux SAVART PAYSAGE (à Châlons en Champagne), une étude de revalorisation et l’élaboration d’un projet de restauration. Les résultats de ce travail, réalisés par Marc Soucat, responsable de l’entreprise, et Adeline Hamon, historienne de l’art des jardins, viennent d’être remis à la commune, et nous remercions les auteurs de nous autoriser à publier dans COURTISOLS ACTUALITES, une partie de cette remarquable étude (Voir des photos du parc Massez)

Analyse paysagère et fonctionnelle de l’état actuel

4-20-secretariat-nb

Le bâtiment principal
(actuel secrétariat de mairie)

La lecture de l’espace, qui s’inspire du modèle des jardins à l’anglaise, permet de différencier plusieurs unités paysagères :

  • La cour d’entrée est délimitée par le secrétariat de mairie et les garages, deux bâtiments typiques des constructions du XIXe siècle.
  • Du jardin régulier, ne subsiste qu’une circulation latérale marquée par deux rangées de tilleuls. L’ancienne circulation centrale, qui s’appuyait sur un axe centré sur le pignon central du secrétariat de mairie et le portail situé rue du Gué (aujourd’hui fermé), n’est plus marquée que par deux petites séquences de haies de buis. Un petit rocher cascade, qui n’est plus alimenté en eau, est envahi par une végétation qui le dégrade régulièrement. Il ne subsiste qu’une fontaine d’origine contre la façade du secrétariat, la seconde ayant été remplacée par un assemblage de pierres meulières. Le château d’eau a perdu sa cuve et ses quatre pignons qui en faisaient un élément de grande qualité.
  • Les trois îles constituent l’espace le plus pittoresque du parc. Les bras sinueux de la Vesle qui les délimitent, sont franchis par six belles passerelles. La disparition des allées latérales réduit la diversité des promenades.
  • 4-20-fontaine

    Une des deux fontaines et le château d’eau à l’arrière

    Le parc paysager et l’espace boisé s’organisent autour d’une allée principale qui compose un cercle fermé. La maison du jardinier, en bordure de l’allée principale, structure cet ensemble en renforçant l’esprit champêtre de cette unité paysagère. Le jeu de boules, le terrain de basket et la buvette perturbent l’ambiance générale.

Analyse historique

Les propriétaires
Jusque dans les années 1865, l’emprise du futur parc Massez fut occupée par un grand nombre de petites parcelles à vocation agricole, appartenant à de nombreux propriétaires privés. Martin Massez se constitua une belle propriété en les réunissant et en les transformant en un parc d’agrément. On peut penser que la création du parc se fit à partir des années 1855 environ, jusqu’à la mort de Martin Massez, qui légua, en 1875, sa propriété à son associé, Aristide Appert. Celui-ci en jouit en famille jusqu’à sa mort en 1899. Selon la volonté de Martin Massez, son héritier, qui fit sans doute réaliser des transformations dans le parc, le légua, avec la maison, à la commune de Courtisols. Bien qu’elle n’ait duré que 35 ans, l’occupation privée a tellement marqué les lieux et la composition du parc, que les traces héritées du XIXe siècle sont encore très lisibles actuellement.

4-20-passerelle

Les passerelles

Un parc mixte
Le parc créé par Martin Massez est représentatif des parcs dessinés dans de nombreux autres jardins privés durant la période du Second Empire : sous l’effet de la mode, en effet, les parcs paysagers se répandirent dans les milieux industriels et bourgeois de l’époque.

La nouvelle propriété de Martin Massez, reliant deux voies de communication et créée de part et d’autre de la rivière, offre plusieurs types d’occupation de l’espace, très représentatives du style de l’époque :

  • Un jardin de type régulier, très signé.
  • Un ensemble paysager très pittoresque autour des îles, permettant une circulation variée.
  • Un parc paysager de promenade avec son allée circulaire et ses boisements limitrophes;
  • De nombreux petits éléments bâtis : ponts, passerelles, bancs couverts, rocher, grilles.

Présentant une grande variété d’images et de sensations, par la succession et la confrontation de « scènes » très contrastées, le parc Massez dut connaître – le nombre élevé de cartes postales éditées en témoigne – une forte notoriété locale.

Les auteurs
Bien que la recherche actuelle ne puisse poser de certitudes, Adeline Hamon et Marc Soucat signalent plusieurs rapprochements entre diverses personnalités locales.

Les entrepreneurs de bâtiments Bellois frères, qui signent un des ponts en ciment rustique du parc, réalisèrent avec Georges Vagny, l’architecte de la ville de Châlons, des travaux de rénovation et de construction pour l’église Saint-Martin et le presbytère à Courtisols, et l’un des frères fut témoin lors de l’ouverture du testament de Martin Massez. Georges Vagny, qui construisit l’ancienne Caisse d’Epargne jouxtant le jardin paysager du Petit Jard réalisé en 1861, supervisa, dans ce même jardin, les travaux d’entretien des frères Machet, horticulteurs dans les années 1860 puis créateurs de parcs et jardins dans les années 1890.

On peut donc supposer que l’architecte Vagny a été à l’origine de la conception du parc, celui-ci ayant été réalisé, puis complété, par les entreprises Bellois et Machet.