Les Allemands à Courtisols (4-12 septembre 1914)

Après la crise de juillet 1914, la guerre fut déclarée le 3 août et dès les premiers jours, l’armée allemande envahit la Belgique et le Nord de la France. Mais le 3 septembre, abandonnant sa marche en direction de Paris, elle se dirigea vers le sud-est. Les Français, constatant cette erreur stratégique, lancèrent, le 6 septembre, une grande offensive (1 a Bataille de la Marne). Les Allemands, stoppant leur retraite, constituèrent alors une ligne de résistance, le long de l’Aisne et des collines de Champagne jusqu’en Argonne. Le village de Courtisols, pris par les Allemands le 4 septembre et repris par les Français le 12, se trouva désormais à quelques kilomètres du front, qui passait au nord de Suippes. Les quelques renseignements que nous présentons ici sont extraits du Bulletin Paroissial de Courtisols d ces tristes années.

Des éléments de la IVe armée allemande, entrés à Courtisols, le vendredi 4 septembre vers 9h du matin, s’installèrent dans les maisons du village. Certaines d’entre elles, surtout lorsqu’elles avaient été désertées par leurs habitants, furent dévalisées. Un homme raconta qu’un allemand, baïonnette au canon, l’avait tenu en joue durant un quart d’heure, pendant que ses camarades pillaient l’habitation (ils auraient consommé 30 livres de confiture!). Le commandant qui se trouvait à Saint-Memmie prit cinq otages (Anthème Bablot, Constant et Eugène Châtelain, Ovide Montel et Ernest Gobillard) et menaça de les exécuter si le lendemain un seul allemand manquait à l’appel. Toutefois, les trois plus âgés furent libérés le 4 au soir et les deux autres le lendemain. A 11 h, le drapeau allemand flottait sur la mairie; l’horloge fut mise à l’heure allemande mais la sonnerie ne fonctionna plus.
Après le général A. K., commandant le 8e Corps d’Armée, le 5 septembre, ce fut au tour du duc de Wurtemberg, chef de la IVe armée, et de son état-major, de s’installer à Courtisols, le 7 septembre. Ce général, qui logeait dans une maison dévastée, chargea un voisin d’exprimer ses regrets à la propriétaire pour cette destruction, qui n’était ni son fait personnel, ni celui de ses soldats. La guerre ne l’empêchait pas de rester fidèle à l’honneur et aux usages de la noblesse allemande (Que l’on se rappelle le film « La Grande Illusion« ).

Le 10 septembre, selon le Bulletin Paroissial, les Allemands avaient l’air triste : depuis quatre jours les Français avaient contre-attaqué sur la Marne. Le lendemain matin, le duc de Wurtemberg quitta Courtisols et fut remplacé par un général saxon : c’était la retraite. Le samedi 12 septembre dans la matinée, les derniers allemands quittèrent le village en laissant quelques blessés dans l’église de Saint-Memmie. Vers 10h, les premiers soldats français, des dragons, entraient à Courtisols. Les troupes françaises, qui poursuivaient les allemands dépassèrent très vite le village : le 14 septembre, il n’y restait plus que l’intendance et la boucherie militaire. L’avance française était meurtrière, pour les deux armées. Un saxon, surpris par des dragons français à leur arrivée à Saint-Julien fut tué et inhumé dans le cimetière paroissial. Quatre soldats allemands furent enterrés à Somme-Vesle et trois autres à l’Epine. Dans cette dernière commune, on avait aussi enseveli plusieurs soldats français, dont deux aviateurs. Après le départ des Allemands, on découvrit des tombes que l’on supposa françaises : l’une d’elles, sans croix, mais avec un képi français à proximité, était située sur le chemin de la Croix-Chauffour à Somme-Vesle; une autre, à 50m de la Croix-Chauffour, sur le chemin qui conduisait à l’Epine, était surmontée d’une croix. Un colonial français, fut encore enterré sur le territoire de Courtisols, à 2m du chemin de L’Epine à Longevas.

Le Bulletin Paroissial rapporta encore quelques événements survenus à Courtisols pendant la brève occupation allemande. Les soldats allemands avaient demandé de la literie, du linge et des abris pour leurs blessés. Les autorités locales leur avaient proposé l’école et des salles de réunion, mais ils avaient refusé et s’étaient installés dans les églises. Les bancs et les chaises de l’église de Saint-Memmie, qui accueillait les grands blessés, avaient été sortis et le poêle de l’école avait été installé dans le choeur pendant que la sacristie servait de salle d’opérations. Non sans quelque humour le Bulletin Paroissial précisait : « s’il y a quelque chose à regretter, ce n’est certainement pas la disparition des vieilles chaises de l’église de Saint-Memmie, dont personne ne voudrait faire usage chez soi ».
Au début du mois de septembre, une trentaine d’obus tombèrent sur le territoire de Courtisols, dans le secteur compris entre le finage de Bussy et la Voie des Epinettes, à droite et à gauche du chemin dit le Terme-au-Four. Ces obus, qui avaient creusé des entonnoirs profonds et brisé net de gros sapins, étaient des obus de 150 allemands ou autrichiens, mais personne ne pouvait dire s’ils avaient été tirés le 3 septembre, la veille de l’arrivée des Allemands à Courtisols, ou le 12 au moment de leur départ : les bombardements avaient fait rage pendant ces deux journées et les habitants restés sur place, craignant pour leur vie, ne s’étaient pas aventurés hors du village pour constater les dégâts.
Dans la nuit du 10 au 11 septembre, des soldats allemands, probablement par imprudence, mirent le feu à la grange de madame Lorinet-Vitry, 25 rue du Gué. Ce fut le seul accident de ce genre à Courtisols (A L’Epine, Marson, Poix ou Auve, les incendies volontaires furent nombreux). Cependant, pour se disculper, les responsables attribuèrent cet incendie à Ernest Huileux (75 ans) qui couchait dans un coin de cette grange. Né à Vavray-le-grand, cet ancien boulanger de Poix, vivait misérablement, depuis une dizaine d’années, à Courtisols. Le vendredi 14 septembre, vers 17h, on le fit passer en conseil de guerre et on le conduisit sous escorte du côté de la mairie. Mais, en raison de la retraite, on ne sut pas immédiatement ce qu’il était devenu. Deux mois, plus tard, une rumeur rapporta que son corps avait été retrouvé du côté de Suippes, dans les sapins, et qu’il avait été tué d’une balle dans la tête.

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