Les bienfaiteurs de Courtisols

Martin Massez, Maire, et la construction de la mairie et des écoles

4-20-MassezLe 31 juillet 1898, le conseil municipal de Courtisols décida de profiter de la distribution des prix aux élèves
des écoles communales, le dimanche 14 août, pour inaugurer, dans le vestibule du premier étage de la mairie, une plaque commémorative honorant les bienfaiteurs de la Commune, dont la mise en place avait été décidée le 8 novembre 1896 sur proposition d’Emile Rollet; le conseil municipal, après avoir autorisé le maire, le 27 décembre 1896, à traiter avec M. Mariassé, sculpteur à Châlons, auteur du projet (un crédit de 300 francs fut ouvert le 6 mars 1897), décida que les seuls noms de MM Massez, Armand Appert-Jacquier, Bayen Cyrille Anastase, Appert-Collery Narcisse, Augustin seraient d’abord inscrits (le nom d’Aristide Appert fut ajouté par décision du conseil le 19 novembre 1899, après la mort de celui-ci).

Pour célébrer le centenaire de cette inauguration, il nous a semblé utile de rédiger une série d’articles consacrés à ces bienfaiteurs, en commençant par M. Martin Massez, maire de Courtisols de 1865 à 1875, qui fit construire la mairie.

Martin Massez naquit à Courtisols le 11 novembre 1812. Fondateur d’un grand établissement de chaussures à Châlons et à Paris, il s’intéressa beaucoup aux conditions de vie de ses ouvriers, établissant par exemple des caisses de secours. Elu conseiller municipal de Courtisols en juillet 1865, il fut nommé adjoint le 14 août et maire le 15 novembre de la même année, puis conseiller d’arrondissement du canton de Marson le 8 octobre 1871 et suppléant de la justice de paix en 1874. II mourut le 7 mars 1875, âgé de 62 ans, à Courtisols , où il fut inhumé le 11 mars.

Le 5 novembre 1868, devant maître Simon, notaire, Martin Massez, célibataire, négociant, demeurant 9 rue Martel à Paris, fit une importante donation à la commune de Courtisols :

« 1°. une grande maison, sise à Courtisols, place Saint-Martin, élevée sur cave, composée d’un rez-de-chaussée et d’un premier étage, avec grenier au-dessus. Cette maison, de construction nouvelle est bâtie en briques et pierres de taille et couverte en ardoises. Elle a vingt-huit ouvertures et est appropriée au service de la mairie, d’une école de garçons et au logement de l’instituteur. Cour au couchant de la dite maison fermée de murs à hauteur d’appui, avec grilles en fer; communs dans la dite cour. Le tout tenant du midi à la rue, du nord au chemin qui entoure le cimetière, du couchant à la maison désignée ci-après sous le numéro deuxième, et du levant à un terrain appartenant au donateur, compris dans la présente donation, destiné à l’agrandissement de la place publique de ce côté et sur lequel la maison sus-désignée a sa principale entrée ».

Le 11 novembre 1868, les bâtiments donnés par Martin Massez furent visités par Alexis Vagny, architecte à Châlons, qui décrit ainsi cette maison : « l’immeuble construit récemment, destiné à la maison commune, renferme au rez-de-chaussée un logement pour l’instituteur et une grande et belle classe. Au 1er étage se trouvent la salle du conseil municipal, le cabinet du maire et le grand salon des réunions publiques. Au 2e étage, il y a l’emplacement des archives et autres dépôts; une cour avec cabinets, bûchers, remise pour pompes à incendie, terminent à l’ouest là, l’établissement dont il s’agit ».

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L’actuelle mairie de Courtisols

Cette maison, qui est aujourd’hui la mairie de Courtisols, a été bâtie par Martin Massez sur l’emplacement d’une maison qu’il avait acquise, pour 5500 francs, le 31 janvier 1859, de mademoiselle Marie Madeleine Benoist, majeure et sans profession, demeurant à Courtisols. Cette maison était composée d’une cuisine, de trois chambres, d’un bas cellier et d’un petit cabinet au dessus, avec grenier sur le tout; d’un jardin potager au couchant; d’une grange au midi dudit jardin; d’un puits entre le jardin et les bâtiments. Le terrain destiné à l’agrandissement de la place publique avait la même origine. Marie-Madeleine Benoist avait acquis le tout, pour 4000 francs, de M. Benoît Benoist, boulanger de Courtisols, ainsi que de Etienne Senart, propriétaire agriculteur, et d’Augustine Fourquet, sa femme, soeur utérine de Benoît Benoist.
La nouvelle mairie remplaça la maison commune, construite en 1830 et détruite en 1878 pour laisser place à un nouveau presbytère, financé pour 28000 francs par M. Aristide Appert, négociant à Paris, ancien associé de M. Massez (aujourd’hui la garderie).

« 2°. Une autre maison sise au même lieu, composée d’un rez-de-chaussée et d’un premier étage, avec grenier au-dessus couverte en tuiles. La dite maison bâtie en 1857 en craie, briques et pierre de taille est appropriée à une école de filles et au logement des institutrices. Cour au midi de la dite maison fermée de murs à hauteur d’appui, avec grilles en fer; communs dans la dite cour. Le tout tenant du levant aux communs et à la cour de la maison désignée sous le numéro premier, du couchant la maison d’école de filles, appartenant à la commune, du midi à la rue et du nord au chemin qui entoure le cimetière, chemin sur lequel la dite maison a sa principale entrée ».

Selon la visite du 11 novembre 1868, « la maison d’école des filles élevée derrière la maison commune, contient deux classes au rez-de-chaussée, un dortoir avec cellules au 1er étage. En outre, au sud de cette maison, on remarque une cour avec préau et cabinets inodores ».

4-20-maison3ageCette maison, qui abrite aujourd’hui le Club du Troisième Age, a été bâtie par Martin Massez sur l’emplacement d’une maison acquise, le 25 avril 1859 pour 2400 francs, de Martin Gobillard, cultivateur à Coupéville, et de son frère Jules Sulpice Gobillard, cultivateur à Courtisols. Elle consistait alors « en deux places, corridor, détour, et écurie, grenier sur le tout, plus un petit bâtiment, servant de toit à porcs, appuyé à la maison, le tout couvert en tuiles courbes, cour avec puits et petit jardin au nord des bâtiments ».
La « maison d’école appartenant à la commune » mentionnée dans la donation de 1868 est le bâtiment en craie qui s’élève encore à l’ouest de l’actuel Club du troisième âge (accueil paroissial). Elle fut édifiée en 1841 (pour 5641,87 francs) pour remplacer le bâtiment (une salle de classe et une cuisine avec alcôve) servant à loger « la soeur d’école de Saint-Martin » (c’est-à-dire de l’institutrice) et qui était très insalubre et qu’on ne pouvait réparer « attendu qu’il ne peut recevoir le jour ni au levant ni au midi ». Les chambres du haut furent construites après 1846.

« 3°. Un petit bâtiment destiné à une remise ou à un bûcher, sis au même lieu, construit en majeure partie sur l’emplacement de l’ancienne ruelle dite de Saint-Malo, appartenant à la commune et, pour le surplus, sur le terrein désigné ci-après numéro quatrième, tenant du levant à la maison d’école de filles, appartenant à la commune, du couchant au jardin désigné ci-après numéro quatrième, du midi audit jardin et au surplus de la ruelle Saint-Malo et du nord au chemin qui entoure le cimetière ».

« 4°. Un jardin sis au même lieu, fermé de murs à hauteur d’appui, avec grille en fer, tenant du midi à la rue, du nord au chemin qui entoure le cimetière, du levant au bâtiment désigné ci-dessus numéro troisième et à la ruelle Saint-Malo, et du couchant à un terrain appartenant au donateur, compris dans la présente donation et destiné à l’agrandissement de la place publique de ce côté ».

Ce jardin se trouvait à l’emplacement d’une maison avec dépendances, acquise par Martin Massez pour 5730 francs lors d’une vente aux enchères le 17 août 1866. Le terrain situé au couchant dudit jardin et destiné à l’agrandissement de la place publique de ce côté avait la même origine.

« 5°. Et l’emplacement d’une maison sise à Courtisols, section de Saint-Julien… »

La visite de 1868 précise que « toutes ces constructions sont faites très richement en briques et pierres de taille » et que « le jardin particulier destiné aux soeurs se trouve à l’ouest de l îlot des terrains donnés par M. Massez. Ce jardin est entouré de grilles couronnant des murs en briques et pierres ». Néanmoins, ces immeubles « bien qu’ils aient coûté très cher au donateur ne peuvent cependant être estimés ensemble que 35000 francs, à cause de la localité ».

Ainsi, de 1859 à 1868, le maire de Courtisols, Martin Massez, sans héritier, consacra une partie de sa fortune à acquérir systématiquement des terrains puis à faire bâtir, à ses frais, de somptueux édifices destinés à abriter la mairie, et les écoles de garçons et de filles. L’acte notarié de 1868 ajoute même que « le donateur se réserve expressément comme condition de la présente donation, de faire achever, à ses frais, les travaux de construction et d’embellissements en cours d’exécution sur les bâtiments et jardin désignés sous les numéros premier, deuxième, troisième et quatrième, comme aussi de faire faire toujours à ses frais, sur les immeubles maintenant donnés et sur tous autres appartenant à la commune de Courtisols tels constructions, améliorations et embellissements qu’il jugera convenable ».

Le conseil municipal de Courtisols manifesta sa gratitude envers M. Massez en décidant, le 22 novembre 1868 « d’élever dans le vestibule de la nouvelle mairie un socle en granit surmonté d’un buste en bronze et portant l’inscription A M. Massez, maire, la commune de Courtisols reconnaissante. 1868 ». Toutefois, il ne s’agit là que d’une partie des bienfaits de Martin Massez en faveur de Courtisols : largesses en faveur des pompiers et de la musique, agrandissement des écoles de Saint-Julien et de Saint-Memmie, institution d’une succursale de la Caisse d’Epargne en août 1870, établissement d’une ligne télégraphique en 1872…