Les foires de Courtisols au XIXe siècle

L’établissement des foires de Courtisols et la fixation des dates (1798-1806)

En 1798, cinq foires de deux jours, furent établies à Courtisols et fixées d’après le calendrier républicain, aux jours suivants : le 8 brumaire (29 octobre) ; le 21 frimaire (11 décembre) ; le 8 germinal (28 mars) ; le 21 prairial (9 juin) ; le 11 fructidor (28 août). La première fut ouverte le 28 mars 1798. Mais, après le rétablissement du calendrier grégorien,  de nouvelles dates furent décidées par un décret de Napoléon Ier, le 26 mars 1806. A Courtisols, où la durée restait fixée à deux jours, elles ouvraient : le troisième jeudi d’octobre ; le deuxième jeudi de décembre ; le jeudi de la Passion ; le deuxième jeudi de juin ; le troisième jeudi d’août ;
Le champ de foire, situé derrière l’église Saint-Martin, n’était pas en bon état et le préfet écrivit au maire le 27 mai 1806 : « Je suis informé, Monsieur, que la place occupée dans les foires de Courtisols par les bestiaux est creusée par le milieu, et que les eaux qui y séjournent, forceront les marchands à se placer du côté des héritages qui seront exposés à la dévastation. Pour prévenir ces délits, vous voudrez bien donner des ordres pour que ce creux soit comblé au plutôt (sic) : il ne s’agira que de quelques journées de travail, et la dépense en résultant pourra être acquittée du fonds des dépenses imprévues allouées au budget du présent exercices… ».

L’organisation des foires (1842-1870)

L’établissement d’un droit de place : les marchandises vendues
Le 22 janvier 1842, le préfet de la Marne fixa les droits de place, recouvrés pendant la première année par un délégué de l’autorité municipale et affermés ensuite, s’il y a lieu, au profit de la commune. En cas de refus de paiement ou de contestation sur l’application du tarif, ou sur la quotité de droits exigés, l’affaire serait portée devant le juge de paix du canton. En cas de voies de fait et de violences, les délinquants seraient poursuivis conformément au code d’instruction criminelle et au code pénal »
Le tarif annexé à l’arrêté préfectoral renseigne sur les produits échangés. Les produits agricoles y tiennent la place la plus importante : « Pour la place occupée par chaque cheval, vingt centimes ; pour la place occupée par chaque bête à corne, vingt centimes ; pour la place occupée par chaque porc (ceux de lait exceptés), deux centimes et demi ; pour la place occupée par chaque voiture chargée de marchandise exposée en vente sur la foire, cinquante centimes ; pour chaque mètre carré occupé par les marchandises de grains et légumes secs, vingt centimes ; pour chaque mètre carré occupé par les marchands de drap, mousseline, boissellerie [récipients, ustensiles ou objets en bois] en bois, sabots, fayence (sic), poterie, ferrement, mercerie, chapeaux, souliers, etc, etc : dix centimes ».

Piquets et lisses sur le champ de foire
Le 2 février 1843, le maire, précisant que jusqu’à présent le droit de place avait été acquitté sans difficulté, fit savoir au conseil « que néanmoins, les marchands de bestiaux se plaignent de l’absence de piquets ou barrières propres à attacher le bétail sur le champ de foire et que cette plainte est fondée ».  Le conseil fut d’avis de d’établir avant la prochaine foire d’avril des barrières en bois autour du champ de foire pour y attacher le bétail jusqu’à concurrence des fonds disponibles sur le produit des droits de place perçus sans les foires précédentes, sauf à continuer à la construction de ces barrières successivement et à mesure que les ressources de la commune le permettront ».

La location du champ de foire
Le 8 mars 1846, il fut procédé à l’adjudication aux enchères pour trois années consécutives d’un droit de place à percevoir sur les terrains occupés par les marchands. L’adjudicataire devait respecter strictement le tarif. La location du droit fut adjugée à Pierre Lorinet, maréchal ferrant, pour la somme de 50 francs par an. Dans les années suivantes, le montant a varié : 51 francs en 1849 (le document manque ; 76 francs en 1852 (à Pierre Lorinet) ; 100 francs en 1855 (à SimonAlexandre, cultivateur) ; 72 francs en 1858 (à Jean Gallois, maréchal ferrant) ; 65 francs en 1861 (à Pierre Lorinet) ; 79 francs en 1864 (à Simon Alexandre) ; 70 francs en 1867 (à Jean Gallois). La location ne trouva pas preneur en 1873. Il est vrai que  depuis 1842, le tarif des droits de place n’avait pas été modifié. On mit sans doute fin à cette pratique car après 1873 les procès-verbaux d’adjudication sont absents des archives communales.

Le développement des foires entre la guerre de 1870 et la guerre 1914-1918

Les foires s’interrompirent pendant la guerre de 1870 mais reprirent ensuite et se développèrent. Le 6 février 1876, les droits de place furent étendus aux bestiaux mis en vente dans les écuries des auberges situées aux environs du champ de foire. Le 5 novembre 1876, le conseil municipal, pour assainir la place du champ de foire, la fit recouvrir d’une couche de tuf et ensuite d’une couche de graveluche. Le 8 août 1880, en raison de l’importance de plus en plus grande des foires, le conseil constatant que la place où se font les transactions est désormais trop petite, autorisa la maire à acquérir à l’amiable ou par expropriation, une surface d’environ quatre ares, riveraine du champ de foire et appartenant à Auguste Appert-Goujat ; mais la négociation se passa mal, le propriétaire refusant le prix de 8500 francs l’hectare et demandant 13600 francs plus cinq francs pour chaque arbre abattu. La commune, payant à cette époque 1000 francs l’hectare les terrains à bâtir cédés à la voie publique pour l’alignement, le conseil municipal, considérant que ce terrain occupé par des broussailles n’était d’aucun rapport et n’était séparé du champ de foire que par une « haie vive formée de sureaux, d’épine noire, essences plutôt nuisibles qu’utiles, demanda au Préfet de déclarer d’utilité publique le projet d’élargissement du champ de foire. L’estimation du terrain fut confiée à deux experts qui,  le 6 février 1881, fixèrent la valeur du terrain à acquérir à 289,50 francs  (214,50 francs pour 3,30 ares à 65 francs l’are ; 50 francs pour les arbres abattus et 25 francs pour replanter une haie) ; finalement, en août 1881, le montant à payer fut fixé à 324,50 francs.
Le 13 mai 1883, les droits de place furent augmentés, mais pour deux catégories de produits seulement : « Pour la place occupée par chaque cheval, trente centimes ; pour la place occupée par chaque bête à corne, trente centimes. »
Le 24 mai 1885 le conseil vota un crédit de 600 francs pour l’entretien du champ de foire et plus particulièrement à la pose de bornes et de en remplacement des barrières existantes.

Les services vétérinaires
Comme le rappelle une lettre du préfet, le 13 avril 1883, les communes étaient tenues de préposer à leurs frais un vétérinaire pour l’inspection des animaux mis en vente dans les foires par une loi du 21 juillet 1881. Le préfet précisait : « La constitution de ce service doit d’ailleurs rencontrer d’autant moins de difficultés que les communes sont autorisées à se rembourser de la dépense par l’établissement d’une taxe spéciale sur les animaux amenés à la foire ou au marché ».
En 1884, M. Aumignon, vétérinaire à Châlons demandait 20 francs pour venir à Courtisols visiter les animaux amenés à chaque foire. Il fallait donc ouvrir un crédit de 100 francs. Le conseil du 16 mars réagit à cette demande : « en ouvrant un crédit de 100 francs au budget de 1884 pour ce service, il prie M. le Préfet d’exiger dans l’intérêt des acheteurs que ces prescriptions exécutées à Courtisols le soient également dans toutes les localités du département où il tient des marchés ». Cette requête fut renouvelée le 15 mars 1885. Le mécontentement s’accentue en1886 : « Le service d’inspection sanitaire prescrit par la loi du 21 juillet 1881, établi à Courtisols depuis deux ans n’est pas constitué dans toutes les localités où il existe des marchés de bestiaux ; il n’y a pas réciprocité de garanties pour les acheteurs ; il est inutile de dépenser 100 francs pour faire venir M. Aumignon pour visiter les animaux amenés à chaque marché ». Le conseil décida donc «  que cette visite n’aura lieu à l’avenir que si les prescriptions de la loi sont exécutées dans toutes les communes où il existe des marchés de bestiaux ». Le maire écrivit au préfet : « le conseil municipal de Courtisols a, dans sa séance du 11 avril dernier, décidé la suppression de l’inspection sanitaire des cinq foires qui se tiennent annuellement dans la commune sous le prétexte que cette inspection n’est pas pratiquée dans les autres localités ».
La réponse ne se fit pas attendre : le 25 mai, le préfet fit savoir qu’« en présence des prescriptions formelles de la loi et en raison aussi des dangers que présentent les cas de péripneumonie contagieuse signalés sur divers points du département », il ne « saurait accepter la suppression de l’inspection sanitaire des foires et marchés de Courtisols ».
Le courrier préfectoral  témoigne de l’importance des foires de Courtisols : « J’espère que cette assemblée comprendra que si l’administration peut accorder quelque tolérance pour les foires où les animaux amenés sont peu nombreux, il ne saurait en être de même pour celles  de Courtisols  où les transactions commerciales sont très importantes. Il est de l’intérêt d’ailleurs de la commune dont l’élevage et l’engraissage des bestiaux constituent les principales ressources que l’inspection sanitaire y soit exercée avec le plus grand soin et prévienne l’invasion de toute épizootie ».
Le conseil se résigna donc le 3 juin 1886 mais en renouvelant sa demande d’application de la loi partout et en faisant remarquer que la commune a fait des frais relativement considérables pour l’amélioration du champ de foire et que malgré la surtaxe de 0,10 franc prélevée sur les droits de places pour chaque bête amenée sur le marché, le produit moyen annuel s’élevait à peine à cent francs. Dans les années qui suivirent il ne fut plus question de cette affaire.
Le 3 juillet 1892, le conseil autorisa le maire à faire transporter 15 à 20 mètres de tuf sur le champ de foire pour le bomber et faciliter l’écoulement des eaux pluviales. Le 23 avril 1899 dans le cadre d’une répartition du gravier et du tuf sur les chemins ruraux, le champ de foire fut doté de 4 m de grosse grève et 6 m de tuf.

La fin des foires

La Guerre 1914-1918 interrompit une nouvelle fois les foires mais le 29 mai 1924 le conseil décida de rétablir les cinq foires aux bestiaux de deux jours qui existaient avant la guerre, les jeudi de la Passion, 2e jeudi de juin, 3e jeudi d’août, 3e jeudi d’octobre et 2e jeudi de décembre. Les taxes durent fixées ainsi : pour les bovins, un franc ; pour une vache et son veau, un franc ; pour les porcs maigres de 0,50 francs ;
Ces nouveaux tarifs, qui ne concernent plus que quelques animaux, montrent que les nouvelles foires n’étaient plus aussi importantes qu’avant la guerre. Elles ne se développèrent pas et le 1er octobre 1932, les foires actuelles étant trop nombreuses pour une région qui ne possède pas d’élevage en quantité importante et les dates en vigueur n’étant pas en rapport avec les saisons des travaux agricoles , le conseil réduisit leur nombre à trois : foire dite de la Passion 1er jeudi d’avril ; foire de juin, 1er jeudi de juin ; foire de la Toussaint 1er jeudi de novembre. La Seconde guerre mondiale mit définitivement fin à cette activité.