Les presbytères de l’église St Martin

Le presbytère antérieur à la Révolution
Comme l’ont montré les recherches de R. MUZART, un presbytère, comprenant un vestibule, deux chambres et une cuisine, est mentionné dans les archives dès 1766. Trente ans plus tard, après les événements révolutionnaires, le curé Henriquet n’occupait plus qu’une partie de la maison, le reste étant destiné à l’administration communale. Ce presbytère était situé à l’ouest – c’est-à-dire devant le portail – de l’église Saint-Martin.

« L’ancien presbytère »

Une construction difficile (1810-1819)
Le 23 octobre 1810, le Conseil municipal de Courtisols approuve la construction d’un nouveau presbytère sur un terrain situé à l’est de l’église St Martin et, pour respecter une réglementation
récente, à une distance de plus de 40 mètres du cimetière communal. Un devis avait été établi par Darsonval Lejeune, un entrepreneur châlonnais, pour une somme de 9200 F, mais des ouvriers courtisiens avaient précisé qu’un tel bâtiment « aussi logeable et convenable » pouvait être construit pour 4500 à 5000 F. Le Conseil municipal demanda donc à Darsonval un nouveau devis. Celui-ci fut accepté, mais la construction tardait… et les conseillers municipaux « considérant l’urgence de la construction » s’impatientaient. Finalement, un devis, établi à 7772,90 F, fut accepté le 12 octobre 1816. Les travaux purent commencer le 8 février 1817.
Mais peu après, Darsonval annonça qu’il fallait ajouter 1500 F au devis, ce que le conseil refusa « attendu que les entrepreneurs ne devaient rien faire en plus du devis sans y être autorisés par l’architecte… D’ailleurs la maison est peu solidement bâtie et il tombe tous les jours des morceaux ». La réception des travaux eut lieu le 1er avril 1818, mais le paiement des surplus fit encore l’objet de discussions en 1819.

Une construction qui nécessite rapidement des réparations… et son remplacement (1819-1880)
La construction du presbytère – murs en torchis, pans de bois et carreaux de terre – n’était cependant pas de bonne qualité : dès juin 1820, les carreaux de terre étant prêts à s’effondrer et les murs de la cave s’effritant, le Conseil Municipal fit des réparations, réalisées l’année suivante. En 1844 encore, on constata que la façade sud du presbytère menaçait ruine : les travaux furent réalisés par A. Appert-Jacquier, charpentier et maçon, pour un montant de 820,62 F.
Le plan de cette construction, qui comprenait un petit jardin, est connu : une cuisine pavée, une chambre avec alcôve, un cabinet avec cheminée et un fournil au rez-de-chaussée ; un grenier à l’étage et une cave au sous-sol. Un bâtiment annexe servait d’écurie, de porcherie, de poulailler et de bûcher.
En 1878 encore, lorsqu’on envisagea l’édification d’un nouveau presbytère, le Conseil municipal justifia sa décision par le fait que « le presbytère actuel de Courtisols est un bâtiment en bois construit avec des matériaux de médiocre qualité. Il comprend un rez-de-chaussée très humide et un étage qui n’a pas été disposé pour l’établissement d’un logement de maître. Il constitue ainsi pour M. le Curé une habitation malsaine et insuffisante ».

Un immeuble communal loué (1881-1931)
Lorsque le nouveau presbytère (cf. ci-dessous) fut construit, en 1880, l’ancien fut loué au vicaire (Arthur Baty en octobre 1880 et René Procureur en 1882). Mais il fallut faire des réparations : un plancher remplaça le carrelage dans la salle à manger et certaines pièces de bois durent être remplacées.
En février 1888, le Conseil municipal, à la demande du curé, fut d’avis que « les religieuses appelées à rendre encore quelques services à l’église et aux familles soient logées gratuitement d’abord pendant un an dans l’ancien presbytère, se réservant le droit de statuer définitivement après ce temps et ce sous condition que M. le curé logera son vicaire ». Le bâtiment, en 1889 et 1890, fut loué à Antoinette Messin (sœur Stanislas), institutrice domiciliée à Courtisols.
En 1890 la location fut mise aux enchères et c’est Mlle Stéphanie Droit – une parente du curé de
St Martin – qui l’emporta : elle demeura au presbytère jusqu’à sa mort en 1919. Sa sœur Hermance lui succéda dans la maison jusqu’en 1923. Après avoir été inoccupé pendant quelques mois, le presbytère fut ensuite loué à Paul Riché, facteur, pour 350 F par an, loyer porté à 410 F en 1930.
Finalement, en 1931, le conseil municipal vendit, pour 10000 F, cette propriété communale (qui avait été estimée 8500 F), dont nous avons conservé la description : « La propriété est d’une surface approximative de 640 mètres. La surface bâtie est de 192 mètres carrés, le reste est en cours et jardins. L’immeuble principal est construit partie en pierre savonnière, partie en craie et la plus grande partie en bois, avec couverture en tuiles courbes. Au rez-de-chaussée 4 pièces ; au premier étage une chambre de bonne et un grand grenier ; cave sous une partie du rez-de-chaussée. Dans la cour, une écurie-remise, un hangar avec un petit grenier au-dessus de la remise ; ces constructions sont en pans de bois hourdés, en torchis et en lattes du côté ouest. Sous le hangar, puits avec pompe en cuivre. La cour est clôturée par un mur en craie avec une porte cochère en bois. Le jardin, au sud, est entouré de murs au sud et à l’ouest ; la porte donnant accès à l’habitation est pratiquée dans le mur du jardin, côté ouest. Le mur sud du dit jardin n’appartient pas à l’immeuble à vendre. L’électricité a été posée dans 4 pièces de la maison d’habitation il y a deux ans ».
Certains éléments de cet ancien presbytère se retrouvent dans la propriété sise 5 place Massez, au nord de l’actuelle garderie-cantine… c’est-à-dire à l’emplacement du presbytère édifié à la fin du XIXe siècle.

« Le nouveau presbytère »

Le bâtiment construit par Aristide Appert
Le 12 mai 1878, le conseil municipal, qui avait donc décidé « d’ériger un nouveau presbytère sur
l’emplacement de l’ancienne maison commune qui doit être démolie, et dont les meilleurs matériaux pourraient être employés dans la construction nouvelle, qu’entre autres avantages, la réalisation de ce projet complèterait le bel ensemble de bâtiments qui ornent la place dite de Saint-Martin et qui sont dus aux libéralités de M. Massez », lança une souscription. Aristide Appert, accomplissant un vœu formulé par M. Massez, finança seul le projet établi par l’architecte châlonnais Vagny, pour une somme de 28000 F (la commission départementale des bâtiments civils demanda une modification de la façade) :

Exposé du projet

Son entrée donnera également sur la rue du presbytère qui conduit à l’église et la porte cochère de la cour viendra après.
A cause de l’immense étendue du village et de ses trois églises, il faut en effet que le presbytère de Courtisols ait écurie et remise à voiture.
Il importe toutefois, pour la tranquillité du prêtre que son habitation ne soit pas en bordure sur la place et elle en sera séparée par un petit jardinet de 9,50m de profondeur. Viendra ensuite la cour de service qui renfermera la remise et écurie, et le jardin s’étendra de cette cour jusqu’à l’ancien presbytère, moins un isoloir de 6,00 m de largeur.

4-20-Plan_presbytereOn entrera d’abord dans un vestibule ayant à gauche la cuisine qui fait loge en même temps ; à droite le cabinet de travail du prêtre et salle de réception – au fond deux portes donnant, l’une dans la salle à manger, l’autre dans le jardinet.
La chambre à coucher du prêtre viendra après la salle à manger qui, à cause de sa destination peut servir de passage sans aucun inconvénient.
La cuisine aura deux baies qui donneront sur la cour de service, soit une fenêtre et une porte. La cuisinière aura donc toutes les facilités pour aller au bûcher, à la cave, basse-cour, etc.
La salle à manger aura une grande fenêtre sur le jardinet et vis à vis une porte vitrée à deux battants qui donnera du côté du jardin et d’abord sur la cour.
La chambre du prêtre sera éclairée par une belle fenêtre également, ouvrant sur le jardinet. Il en sera de même pour son cabinet de travail.
Un escalier encloisonné, c’est-à-dire presque caché, aura son entrée sur le vestibule. Il conduira au 1er étage qui renfermera une chambre de bonne au-dessus du cabinet de travail et un grenier
au-dessus de la salle à manger et chambre à coucher.
Les privés auront leur porte sur la cour, et l’escalier qui conduira au bûcher et à la cave viendra après. Le bûcher, à cause des niveaux de la voie publique sera éclairé comme un véritable sous-sol.
La remise à voiture et l’écurie fermeront à l’est la cour de service.
D’après ce qui vient d’être dit, on voit que le presbytère dont il s’agit aura des portes sur la voie publique, mais aucune de ses fenêtres n’y donnera directement.

Mode construction
Les murs seront élevés en briques, pierre et meulières. Le mur de clôture qui donnera sur la place sera très bas et couronné par une grille en fer.
Les parquets du rez-de-chaussée seront en beau bois de chêne. Ceux du 1er étage seulement seront en bois de sapin. Toutes les portes auront leurs cadres ou bâtis en chêne et les fenêtres seront entièrement établies avec ce bois.
Les enduits et plafonds seront en plâtre et le carrelage de la cuisine sera en terre cuite. Celui du vestibule sera en beaux pavés émaillés de Maubeuge.
La toiture du comble sera en tuiles de Montchanin, et les bois qui entreront dans la construction de ce comble seront en chêne, moins les chevrons qui seront en sapin refaits sur toutes faces.
Les écuries, remises et clôtures seront construites en partie avec les matériaux qui proviendront des démolitions.
Les cheminées seront en marbre, la pompe en cuivre, l’évier en pierre dure, le fourneau en brique et faïence, les armoires et rayons en bois de sapin, l’escalier en beau bois de chêne, et enfin les plinthes ou stylobates du rez-de-chaussée seront en chêne. Ceux du premier étage seront en sapin.
Les peintures seront en base de blanc de céruse, la vitrerie en beau verre simple et les papiers de tenture seront ce qu’ils doivent être dans un presbytère, simples et de bonne qualité.
La cave sera voûtée, mais le plancher haut du bûcher sera formé de solives en fer avec voûtins en brique.
Tous les seuils, marches et perrons seront en pierre très dure.

4-20-Presbytere_facade_sud 4-20-Presbytere_facade_ouest_copie

Les travaux furent confiés à MM. BELLOIS frères, entrepreneurs, domiciliés à Courtisols et la réception des travaux eut lieu le 1er juillet 1880.

4-20-PresbytereLa location du presbytère
Après la loi de séparation de l’Eglise et de l’Etat, le conseil municipal loua le presbytère à bail à l’abbé Arnould. Mais un conflit éclata en 1913 sur les modalités de la location : le maire proposa une location pour une durée de 6 ou 9 ans, à raison de 300 F par an, conditions que le curé refusa en avril. Le curé s’étant installé au prieuré, le presbytère resta inoccupé pendant plusieurs années. En 1918, il fut loué à un réfugié ardennais et l’année suivante à la Préfecture de la Marne pour y installer les services de la Commission cantonale d’évaluation de dommages de guerre du canton de Marson.
Le presbytère, retrouvant sa destination primitive, fut loué au curé en 1920 pour une somme de 300 francs. En 1931, quelques mois avant l’expiration du bail, le maire, Octave Bellois, décida de renégocier le contrat. Le vicaire général du diocèse protesta car, disait-il, le presbytère avait été construit par M. Massez dans le but de loger gratuitement le curé. Néanmoins, en raison des circonstances, il demandait le maintien du prix de 300 F pour un bail de 3,6,9 années. Le maire rétorqua que le presbytère avait été construit par A. Appert, sans engagement de loger gratuitement le curé de Courtisols, et que, pour construire ce presbytère sur un terrain communal, on avait démoli l’ancienne mairie, construite vers 1830, qui servait de logement au garde-champêtre et de salle de musique. Il ajoutait enfin que pour fixer le montant du loyer il fallait faire établir un devis des travaux urgents de menuiserie et de peinture.
Finalement, en septembre 1932, le nouveau maire, Julien Adnet, conclut un accord avec Mgr Tissier, évêque de Châlons, et loua le presbytère pour 6 ans, moyennant un loyer annuel de 500 F, à l’association diocésaine. Le contrat fut renouvelé dans les mêmes conditions en 1938 et, au même prix mais pour 3 ans en 1944. En 1947, le bail fut conclu pour 9 ans moyennant un loyer annuel de 1200 F. Le renouvellement du bail posa quelques problèmes en 1956, l’évêque contestant la forte augmentation du loyer, finalement fixé à 6000 F. Cette année-là l’abbé Drémont, faisant savoir au conseil qu’en raison de ses responsabilités cantonales il était contraint de se pourvoir d’une automobile, demanda l’autorisation d’aménager un garage dans le petit jardin sud.
Lorsque l’abbé LAVAUX, curé de Courtisols, quitta la paroisse en 1988, l’ancien presbytère fut affecté à la garderie-cantine, qui l’occupe toujours aujourd’hui.