Traditions courtisiennes au début du XIXe siècle

A la fin du XVIIIe, on commença à s’intéresser aux origines, aux traditions et au patois de Courtisols. Les résultats d’une enquête furent publiés en 1823 dans les Mémoires de la Société Royale des Antiquaires de France (p. 326-364). Citons quelques coutumes extraites du rapport rédigé par M. Hubert, chirurgien-dentiste à Somme-Suippe :
Quelques habitants étaient désignés comme « génaux » ou sorciers : probité, talent, moralité, fortune, rien ne pouvait déterminer des alliances avec ces familles, et ces malheureux proscrits étaient contraints de se marier entre eux. Au début du XIX° siècle, ce préjugé avait à peu près disparu.
Après la mort d’une personne, les parents du défunt distribuaient des gâteaux aux cinquante maisons les plus proches (le même cadeau pour les mariages). Le lendemain, ils faisaient la lessive et portaient les effets auprès de l’eau : chaque voisine, la coiffe pendante, en signe de deuil, se rendait en silence sur le bord de la rivière, secouait une partie du linge, le frottait, le battait, le lavait et s’en allait. Une autre prenait alors sa place, et ainsi de suite. Cette cérémonie officieuse et lugubre, qui durait ordinairement toute la matinée, se déroulait dans un silence triste et profond.
Le soir des noces (presque toujours au printemps), dans les granges dégarnies de leurs pailles et de leurs grains, les jeunes mariés, assis près de la porte, attendaient les passants; chaque convive, en se retirant, recevait de l’épouse deux gâteaux formés en double noeuds; ces gâteaux, appelés présents, étaient échangés contre des pièces de monnaie.
Le jour des noces, la future mariée faisait publiquement ses adieux à ses parents, les embrassait, et partait pour l’église, conduite par ses soeurs ou par deux de ses amies. Au sortir de la messe, les filles qui lui avaient donné le bras, le présentaient au nouveau marié, tandis que les conducteurs de celui-ci donnaient le leur à l’épouse, et la menaient, avec sa famille, dans la maison de son mari, où le festin les attendait.

M. Caquot, archiviste de la Société d’Agriculture, Commerce, Sciences et Arts de la Marne, compléta, en 1819, ce rapport : « le courtisien pousse la bonté envers ses enfants jusqu’à se dépouiller de tout son bien à leur profit, lorsque, devenu vieux et infirme, il ne peut plus supporter la fatigue des travaux des champs. Ses enfants, alors, aidés de ses conseils, font entre eux, comme s’il était mort, le partage égal de ses biens, et s’obligent, en retour, de le loger, nourrir et soigner, chacun pendant un mois, dans leur maison, où il leur rend encore des services proportionnés à son âge, quand ce ne serait que de bercer les jeunes enfants, en redevenant enfant lui-même ; cela s’appelle aller à mange-brebis«