Une ancienne coutume courtisienne : la demande en mariage

En feuilletant l’ouvrage « Contes, Légendes, Vieilles Coutumes de la Marne », publié en 1908 par A. Guillemot, on découvre une coutume spécifique, semble-t-il, à Courtisols, et encore pratiquée au milieu du XIXe siècle, par les jeunes gens qui souhaitaient obtenir la main de leurs bien-aimées.

Dans la soirée du dimanche qui précédait celui où devait avoir lieu la demande officielle en mariage, le jeune homme se rendait à la maison de la jeune fille pour sonder les sentiments des parents, par un geste original. Il s’agenouillait devant la cheminée où flambait un bon feu, et aussitôt, avec une fine baguette, il grattait les cendres en les projetant dans tous les sens… et en attendant la réaction des parents.
Si ceux-ci restaient silencieux, c’était un refus catégorique et irréversible… C’était la fin des projets matrimoniaux du jeune amoureux, qui n’avait plus qu’à quitter cette maison, dont on lui refusait l’entrée.
Mais, si le demandeur était, pour les parents, le gendre rêvé, la cérémonie prenait une toute autre allure. Dès que le jeune homme commençait à gratter la cendre, le père s’empressait de lui demander : « Que cherches-tu ? ». Cette question restant sans réponse, il posait une seconde question : « Que demandes-tu ? ». Entendre ces deux questions, était pour notre amoureux une joie immense : le mariage était accepté. Mors, non sans quelque émotion, on s’en doute, il balbutiait ces quelques mots rituels : « Je demande à entrer dans votre famille, à devenir l’un de vos enfants, afin de pouvoir m’asseoir auprès de vous à ce foyer que vous avez créé et où j’ai voulu m’agenouiller pour mieux vous adresser ma prière ». Relevé par le père de la jeune fille, le prétendant embrassait alors sa future et ses parents.
Selon O. Guillemot, à la fin, le grattage des cendres était fait par la mère et la marraine du futur. Cette dernière, avec la pelle à feu projetait des cendres dans toute la chambre pour, dit-on, enseigner à la future que son rôle serait de tenir la maison propre. La jeune fille, pour prouver qu’elle aurait soin de son ménage, s’empressait alors de nettoyer la maison.

Si elle rechignait à ce travail, on cherchait généralement un prétexte pour faire échouer les fiançailles. O. Guillemot, rapporte ainsi qu’un Courtisien, pour esquiver la demande d’un jeune homme de Bussy-le-Château, lui répondit : « Je dors ». Un autre père rompit les pourparlers le jour des fiançailles : ayant remarqué que la future avait gardé, pendant tout le repas, une pierre qui s’était introduite dans son soulier, il en conclut qu’elle ne serait ni propre ni laborieuse.
Cette coutume des cendres s’infiltra peu à peu, parfois légèrement transformée, dans les communes voisines, comme O. Guillemot l’a entendu raconter par des personnes âgées de Pogny, Sarry, Chepy, Maron et des vallées de la Moivre et de la Coole. A Marson, par exemple, le grattage des cendres était fait par la mère du futur, afin d’éviter à celui-ci l’affront du refus. Ainsi se serait longtemps conservée une expression, aujourd’hui disparue, « aller gratter les cendres » pour expliquer qu’on est allé faire la demande en mariage.