Une épidémie de fièvre miliaire à Courtisols (mars-juin 1770)

A partir d’octobre 1769, une épidémie de « miliaire putride et vermineuse » (une fièvre infectieuse caractérisée par une éruption cutanée), toucha les enfants de Pogny et d’Omey ; elle gagna Marson, où elle ne fit pas de grands ravages, au début de janvier ; puis, en mars, Courtisols et l’Epine. Dans ces deux dernières localités, elle fut particulièrement violente et s’attaqua aux adultes : quatre malades, âgés de 35 à 40 ans, périrent en huit jours. Les autorités s’inquiétèrent enfin et l’ intendant de Champagne confia une enquête à Gellée, qui, à son arrivée, fit un bilan inquiétant : 32 morts, 49 malades et 46 guérisons.

Le rapport de Gellée, nous donne quelques informations intéressantes sur ce dramatique événement. Au début de l’épidémie, la population ne s’était pas inquiétée : persuadée qu’il s’agissait de la rougeole, elle attendait que la nature fasse son oeuvre. En outre, selon Gellée, les habitants ne tenaient compte de leurs enfants que lorsqu’ils leur rendaient service par leur travail. Enfin, comme le gouvernement offrait son aide en cas d’épidémie, les populations, estimant que, tôt ou tard, elles paieraient ces aides par une augmentation de la taille (un impôt déjà lourd), préféraient se taire. Pour pallier ce manque d’informations, Gellée souhaitait obliger les curés, qui connaîtraient des malades, à prévenir les subdélégués, qui avertiraient immédiatement l’Intendant.

Gellée, pour d’enrayer cette épidémie, en rechercha les causes. Il constata que la maladie avait été peu active à Marson, où le terrain était sec et humide, alors qu’elle avait surtout frappé les villages où les rivières (la Marne à Pogny et la Vesle à Courtisols) avaient débordé. La situation fut particulièrement grave à Courtisols, car les jardins, les bosquets et les couverts y sont nombreux et les eaux de pluie ou de débordements croupissent dans d’innombrables fosses ou mares : l’épidémie, apparue à Pogny, n’avait été qu’une maladie ch passage à Marson, mais s’était ranimée à Courtisols. A l’Epine, village situé sur une hauteur, où les couverts et les eaux stagnantes sont absentes, elle se calma puis disparut. Gellée proposait donc aux habitants de prendre certaines précautions : relever les rues, combler les fosses et les mares; opposer des digues aux débordements de la rivière, et élaguer les bois là où ils sont trop abondants. Il ajoutait que ces solutions étaient simples et peu onéreuses (ce qui intéressait certainement l’intendant) puisqu’elles n’exigeaient que de la main-d’oeuvre.