Des seigneuries nombreuses

Au Moyen Age, et pendant tout l’Ancien Régime, le territoire de Courtisols fut divisé en 7 bans (ou seigneuries, le seigneur y exerçant la justice et percevant diverses taxes), enchevêtrés les uns dans les autres et séparés par des « termes », chemins piétonniers de faible largeur, et des « étyes », chemin carrossables dont la largeur varie de 4 à 5 mètres (ces bans ont été soigneusement étudiés par R. Muzard, qui en a restitué la carte à partir d’archives notariales).

Le ban Saint-Remi

Lors d’un procès public, le 13 mai 847, des envoyés de l’archevêque de Reims Hincmar, également abbé de Saint-Remi, jugèrent que plusieurs dépendants de Courtisols, qui se disaient des hommes libres, étaient en fait des esclaves. La villa de Courtisols aurait été donnée à ce monastère par le comte Haidericus, qui résidait aux environs de Châlons, sans doute peu avant 847. Comme en témoigne le polyptyque (inventaire des biens) de Saint-Remi de Reims, Courtisols était alors la plus grande villa possédée par Saint-Remi de Reims, avec un minimum de 1367 habitants. Mais la villa de Courtisols décrite dans ce document ne correspond probablement pas au village actuel. La céréaliculture constituait déjà la principale activité agricole du village : culture du froment, du seigle, du méteil (mélange de froment et de seigle), de l’épeautre et de l’orge ; les paysans pratiquaient peut-être déjà la rotation triennale des cultures.

La mainmise de l’abbaye de Saint-Remi de Reims sur la paroisse de Saint-Martin fut de plus en plus forte : en 1118, l’évêque de Châlons Guillaume de Champeaux lui concéda à perpétuité l’église paroissiale de Saint-Martin et un de ses successeurs, Barthélemy, en 1147, détermina les droits respectifs de l’abbaye et du curé de Saint-Martin. Les prescriptions minutieuses du texte n’empêchèrent cependant pas des conflits : les deux parties transigèrent 1292, les droits de Saint-Remi sur l’église étant baillés au curé à perpétuité en échange d’une redevance annuelle de 15 livres tournois. En 1407, le prieur de Courtisols reconnaissait devoir chaque année 30 livres tournois à l’abbaye rémoise, somme ramenée à 24 livres en 1460. Saint-Remi de Reims bénéficia aussi de l’appui des comtes de Champagne : Henri le Libéral, par exemple, en 1153, moyennant dix livres payables à la saint Remi, prit sous sa protection les hommes de l’abbaye à Courtisols.

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Le Prieuré

Les biens de Saint-Remi à Courtisols étaient administrés par un prévôt qui résidait au prieuré Sainte-Madeleine. Le ban était limité par le grand terme de Bussy, la route royale de Châlons à Sainte-Menehould (RN 3 établie en 1754), le terme la Ville, la Chalaide, une partie du Chemin de Poix et le Terme Franc : il comprenait donc les actuelles rues Saint-Martin, Massez, de Plain, des Grands et de Petits Ayeux, Dédautez, du Pont Charrois, de Cheppe, du Gué. S’ajoutaient les terres situées entre la Vesle et les Fossés Nord et Sud et ce jusqu’à l’Epine, à l’exception de la paroisse Saint-Memmie et du château de la Motte.

En 1702, Saint-Remi céda sa propriété de Courtisols au Séminaire de Châlons, mais les habitants de Courtisols ne semblent pas avoir apprécié ce changement de propriétaire : des mémoires agressifs furent échangés entre les parties en 1774 et 1775, mais les droits du Séminaire furent finalement reconnus.

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Le moulin du Prieuré

Les autres bans

Le ban du Chapitre dépendait du chapitre cathédral Saint-Etienne de Châlons. Il correspondait au quartier Saint-Julien, limité par le chemin de Châlons à Poix, le terme Saint-Julien, la route de Châlons à Sainte-Ménéhould et le ban de Saint-Remi. En 1524, le prévôt de Vitry reconnut que le chapitre possédait depuis longtemps (au plus tard au XIIIe siècle) les seigneurie, mairie et justice en la paroisse de Saint-Julien.

Portant le nom d’un affluent de la Vesle disparu, le ban de Souâtre, appartenait, en 1415, à Philippe de Bierne, écuyer ; il était limité par la voie du Mont de Charme, l’étye Saint-Remy et le Terme la Ville.

En 1307, l’abbaye de Saint-Pierre-aux-Monts acheta à Courtisols un domaine assez important : le ban de Saint-Pierre était limité par le chemin de Châlons à Poix, le vieux chemin de Poix et le Terme Franc.

Le ban de Bussy, attesté en 1447, fut divisé en deux après la séparation des communes de Courtisols et de l’Epine. A Courtisols, il comprenait le château de la Motte et l’église Saint-Memmie.

Le ban de Toussaints et le ban de Melette, autrefois courtisiens, constituent aujourd’hui le territoire de l’Epine. Jusqu’à la Révolution, en effet, le village de l’Epine fut un quartier de Courtisols, comme en témoignent les documents relatifs aux origines de Notre-Dame de l’Epine.


 

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